Voudriez-vous m’accorder une audience ce soir ? j’aurai besoin de vous consulter. Si je viens à vous de préférence, c’est que je ne vous suis pas inconnu : je vous rappellerai en même temps en quelle circonstance j’ai eu l’honneur de m’adresser à vous.

En cette attente, veuillez agréer, je vous prie, mes respectueuses salutations.

M. DURANDIN.

P.-S. — Je repasserai rue Saint-Georges, à la Fronde, à 11 heures du soir, prendre votre réponse.

J’ai raconté, dans les numéros de ce journal datés des 7, 8, 9 et 10 mars, les moindres incidents de cette correspondance personnelle ; et, comme quoi, le rendez-vous ayant été indiqué, l’homme ne vint pas.

Le nom m’était inconnu et je n’ai jamais su en quelles circonstances l’individu avait pu s’adresser à moi.

Le surlendemain, seconde lettre, non moins curieuse par le début. En voici la teneur, sauf sept mots indiquant le but du voyage et me prouvant péremptoirement que l’homme n’était pas dénué de ressources, ne s’adressait pas à moi pour une aide pécuniaire :

Paris, 21, 9 h. 30 soir.

Madame Séverine,

Dans la crainte que les menaces incessantes dont je suis l’objet depuis quelque temps ne fussent mises à exécution, j’ai pris une précaution qui me paraissait d’ordre supérieur ; samedi soir, j’ai pris le rapide et ai déposé en lieu sûr tout ce que je possédais relativement à l’affaire Dreyfus-Esterhazy. Rentré à Paris ce soir, mon premier soin fut de venir prendre votre réponse que je trouvai effectivement au bureau de la rédaction. Je regrette vivement ce fâcheux contre-temps, mais je m’empresse de dire qu’il n’y a rien de perdu.