— Je le défends partout !
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J’ai dit, plus haut, l’impression produite par la déposition de M. Scheurer-Kestner. J’ai donc peu à y revenir.
Il a dit de quelle façon, comme tout le monde il croyait à la culpabilité du capitaine Dreyfus, comment il éconduisit, avec pitié, sur le conseil de MM. Billot et Freycinet, le frère du condamné venu à lui, en tant que compatriote, au cours de l’an 1895 ; comment, d’entendre exprimer l’angoisse des Alsaciens-Lorrains, il fut amené à la vouloir résoudre ; comment la publication du bordereau le conduisit à désirer reprendre, pour son compte, l’expertise graphologique envers Dreyfus ; comment il fut averti que le service d’état-major était sur la piste d’Esterhazy, eut communication des lettres du général Gonse au lieutenant-colonel Picquart ; comment il compara, à son tour, avec le bordereau, l’écriture d’Esterhazy, acquit la conviction de l’identité des caractères ; comment il reçut alors Mathieu Dreyfus, avertit le gouvernement — et marcha !
Après, les dépositions ont eu moins d’importance.
On a entendu M. Autant père qui, confronté avec madame Pays, maîtresse d’Esterhazy et locataire de l’immeuble dont lui est gérant (au sujet d’un transfert de bail à son nom qu’elle souhaitait immédiat, craignant le suicide du commandant) et en désaccord avec elle, a riposté au commissaire du gouvernement l’incriminant de malveillance :
— Parce que je dis la vérité ? Mais je suis aussi susceptible d’être cru que madame !
On a entendu M. Autant fils, qui a communiqué à M. Stock une lettre de M. Esterhazy ; M. Stock, qui a remis ladite à M. Bernard Lazare, pour le général de Pellieux.
On a négligé de convoquer M. Bernard Lazare, qui l’aurait remise à M. Mathieu Dreyfus. Cette omission est regrettable.
On a, enfin, entendu le capitaine Weil, chargé par M. Esterhazy de contracter des emprunts chez les grands Juifs.