M. Mathieu Dreyfus avait déjà dit quelques mots de ces appels de fonds auxquels répondirent des souscriptions variant entre vingt et mille francs. Une lettre à ces fins, adressée par l’accusé au capitaine Weil, fut transmise, du consentement de M. Esterhazy, à M. Zadoc-Kahn, grand rabbin de France, pour s’en servir auprès de madame Furtado-Heine. Celle-ci mourut. La lettre resta en souffrance, aux mains de l’intermédiaire, qui la remit récemment à M. Mathieu Dreyfus.

C’est celle où est précisée la situation financière du commandant en 1894, et citée plus haut.

M. Féret, directeur d’une agence postale, vient témoigner que la lettre de menaces par lui expédiée à Lyon pour revenir à M. Hadamard, beau-père d’Alfred Dreyfus, ne lui fut pas remise par Esterhazy, mais par deux individus dont l’un, hydrocéphale, avait une moustache blonde.

Et le huis-clos est prononcé — parce que le lieutenant-colonel Picquart va parler.

Nous le croisons dans l’antichambre. Il se dirige vers l’audience comme on marche à l’assaut, le pas sonore, le regard fixe, le menton contracté.

Celui-là est un homme. Rappelez-vous ce que je dis aujourd’hui ; je suis un peu sorcière à mes heures. Il a le Signe : vous verrez ce que l’avenir fera de lui !

II

Un mur derrière lequel il se passe quelque chose et devant lequel circulent une cinquantaine de personnes, harcelées par les agents.

Dans le tas, la presse judiciaire au grand complet, et en l’oubli de l’ordre du gouverneur de Paris, ainsi conçu :

GOUVERNEMENT Mre
DE PARIS
PARIS, le 30 mars 1895.
ÉTAT-MAJOR
BUREAU
de la Justice militaire.
N° 1233 P.
OBJET :
au sujet de l’affectation
d’un local spécial aux
membres de la presse à
l’hôtel des Conseils de
guerre.
A M. Bergougnan, Président de
l’Association de la Presse Judi-
ciaire Parisienne, 33, rue de
Constantinople, Paris.