Monsieur,

En réponse à votre lettre du 25 mars courant, j’ai l’honneur de vous faire connaître que je viens de donner des ordres pour qu’une salle spéciale de l’Hôtel où siègent les Conseils de Guerre soit mise à la disposition des membres de la presse, dans les cas exceptionnels où, le huis-clos étant ordonné, l’accès de la salle d’audience serait interdit au public.

Veuillez recevoir l’assurance de ma considération la plus distinguée.

Général SAUSSIER.

Aussi en rappelle-t-on le texte, par dépêche recommandée, à M. le général de Luxer, qui le doit ignorer, car aussitôt, la salle de réception, en bas, est attribuée à la presse judiciaire.

Mais là-haut, que se passe-t-il ?

La curiosité demeure tiède. Car la mollesse prudente de l’enquête, si anxieuse de n’aller pas trop loin ; la rédaction du rapport Ravary, visant uniquement le lieutenant-colonel Picquart ; l’agacement du Commissaire du gouvernement (représentant l’accusation) contre les témoins trop à charge — et le huis-clos partiel ! — nous ont édifiés, d’avance, sur le résultat.

L’accusé aussi. Il se sent du côté du manche, couvert par la « chose jugée ». C’est ce qui bannit toute émotion du débat ; retire à l’homme le bénéfice de sympathie qui s’attache, d’ordinaire, à la situation.

On n’est pas inquiet pour lui : il n’est pas inquiet pour soi-même. Sept magistrats de bonne foi, évoluant dans le vide, accomplissent, à leur insu, un simulacre.


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