Mais quant au reste, de tout ce qui précède, du rapprochement des dates, des circonstances, de la patiente mosaïque que je me suis appliquée à reconstituer, il ressort que, matériellement, manuellement, l’ouvrier, l’artisan du faux fut Lemercier-Picard.

Rappelez-vous sa phrase, au lendemain de la production de ladite pièce par les trois généraux : « quelques révélations faites par des chefs de l’État-Major me visant directement ? »

Et faut-il une autre preuve ? Qu’on se souvienne de la description du faux par M. de Pellieux : « La note n’est pas signée d’un nom connu, mais elle est appuyée d’une carte de visite ; et, au dos de cette carte de visite, il y a un rendez-vous insignifiant, signé d’un nom de convention, qui est le même que celui qui est porté sur la pièce, et la carte de visite porte le nom de la personne. »

On voit la façon de procéder.

Or, chez Lemercier-Picard, on retrouve, au dos d’une carte du docteur Legrand — qui n’y est pour rien — cette indication mystérieuse et d’écriture inconnue : « Les fonds sont déposés rue Denfert-Rochereau. »

Et l’on s’explique pourquoi, en dépit du mandat décerné contre lui pour des faits à côté, par un juge ignorant, le 15 janvier, Lemercier-Picard surveillé, filé, n’est pas arrêté ; pourquoi il tremblait pour sa vie — « dans la crainte que les menaces incessantes dont je suis l’objet depuis quelque temps ne fussent mises à exécution » (21 février) — et pourquoi, le 2 mars, n’ayant, ainsi que l’a déclaré sa maîtresse, en maintes interviews, aucune sorte d’idées de suicide, on l’a retrouvé étranglé, presque à genoux, au bout d’une ficelle... comme le prince de Condé !

L’AFFAIRE DREYFUS
EN CASSATION


27-28-29 OCTOBRE 1898

EN CASSATION