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Un mot reviendra souvent dans son discours, celui-ci : « les braves gens ». Et son réquisitoire sera non moins que d’un magistrat expert et d’un esprit indépendant, l’œuvre d’un brave homme.

S’il a reçu tout ou partie des trente-sept millions, il n’y paraît pas. Car c’est d’un gros mouchoir qu’il s’éponge le front, et sa robe, à l’omoplate droite, porte une belle pièce — comme une cicatrice.

Il a l’air d’un robin du temps de Charles IX, de ceux qui, imbus de la suprématie de la loi sur l’épée, voire sur le sceptre, rendaient des arrêts et non pas des services.

Il examine les deux faits nouveaux : l’indignité reconnue d’Henry « cheville ouvrière de l’accusation de 1894 » ; la contradiction flagrante, à trois ans de date, des expertises sur le bordereau.

En passant, il raille le style de la fameuse pièce, archi-suffisant à en démontrer la supercherie : il stigmatise l’érection d’une statue au faussaire, la souscription lancée en défi ; il tient un raisonnement dont la conséquence, qu’il ne veut que logique, arrive à être terrible...

Si Henry avait vécu, avait été condamné pour faux et faux témoignage, la revision était de droit, devenait obligatoire. Lui mort, elle n’est plus que facultative mais la volonté de la loi s’affirme, formelle.

Alors, à quelques-uns, cette pensée nous vient, rapprochée d’une phrase du rapporteur : « L’autorité militaire a opposé et oppose encore des résistances à la revision. »

Ne le lui aurait-on pas dit, au prisonnier, que sa fin était « due » en raison de ce qu’allait entraîner son existence, que son cadavre barrerait l’avenir comme le bras de la duchesse de Guise dans les ferrures de la porte ?...

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