Puis M. Manau fait sourire, rien que par le rappel des oracles du trio : Couard, Belhomme, et Varinard. Le contraste même est piquant, de cette bouche sévère répétant ces aphorismes ahurissants :
« Les experts sont d’autant plus sujets à l’erreur que la promptitude de leur coup d’œil et leur sagacité sont plus remarquables ».
Ils appelaient ça expliquer leur méthode de travail, les malheureux !
Alors, quand on ajoute à ces divagations solennelles les brouillons de lettres d’Esterhazy au général X... quant à ses augures, on arrive à de drôles de réflexions...
que change en méditations davantage austères l’audition de quelques-unes des Lettres d’un innocent.
⁎
⁎ ⁎
Après que M. Manau a conclu, lui aussi, demandant l’enquête pour « la consolation et la joie de tous les braves gens », nous avons, à la reprise de l’audience, la surprise — est-ce bien une surprise ? — d’une lettre du général Gonse, qui proteste contre les propos rapportés par Georges Picquart, et lui donne « le démenti le plus formel ».
On verra.
Me Mornard commence sa plaidoirie, forcément très technique, et s’attachant, comme tous les discours précédents, aux deux faits nouveaux. Il insiste sur ce qu’Henry (qui avait fourni le bordereau) n’en voulut jamais indiquer la provenance ; nommer à personne l’agent de qui il le détenait.
Devant le Conseil de guerre de 1894, il fut le principal témoin, et le plus violent. Il n’est qu’à se reporter à l’incident Gallet, cité par le colonel Picquart, dans son mémoire, pour s’en convaincre.