Il proclame son amour du Droit, sa haine de la Force ; alors qu’épinglé non loin, le placard des Défenseurs de Dreyfus affiche ostensiblement, illustre, en quelque sorte, le texte de ses déclarations.
Et je connais, peu à peu, toute l’histoire, toute l’odyssée de cette poignée d’hommes, décidés, coûte que coûte, à s’affirmer pour l’exactitude contre le mensonge, comme s’il s’agissait d’une vérité scientifique.
Ce fut Andrade, le professeur de mathématiques, aujourd’hui à Montpellier, qui, le premier, sans rien dire à personne, écrivit la belle lettre que l’on sait, qui lui valut les huées, les cris de mort, le déplacement.
Ensuite, dès le début de l’adresse à Zola, signèrent MM. Basch, Aubry, Sée, Cavalier, et le placide Weiss, Alsacien, professeur de physique, depuis expédié à Lyon.
Après, M. Dottin, non seulement catholique fervent, mais pratiquant, ainsi que tous les siens, envoya son adhésion aux listes pour Picquart...
Depuis, ç’a a été la bataille, tous les écœurements, toutes les calomnies ; mais, en revanche, le rapprochement avec les travailleurs manuels, les ouvriers de fabriques, d’usines, d’ateliers, mains rugueuses et cœurs nets ; les conférences à la Bourse du Travail — toute une découverte de sensations fortes et saines, joies imprévues !
Nous ne leur demandons rien. Nous ne sommes pas, nous ne serons jamais candidats. Toute notre ambition est dans la communion des idées qu’enfin nous vivions en un monde où l’action soit la sœur du rêve.
J’écoute le jeune professeur qui parle au nom de tous, avec émotion, avec respect. La voilà donc réveillée de sa torpeur, la Mère au bois dormant, la vieille Université qui n’était plus qu’un mandarinat, et redevient l’École des consciences !
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Une rue étroite, gazonneuse, où les voitures ne passant point, car elle s’achève en sente, pour dégringoler vers la ville. Les murs gris sont crêtés de lierre ; une odeur de glycine flotte très doucement dans l’air, où le soleil pâle a des reflets de miel.