Derrière la porte, un roulis de tambour ! ! !
Informations prises, c’est le troisième petit Dottin qui manifeste ses sentiments militaires. Mais quand on lui demande ce que c’est que les soldats, il répond, la frimousse entendue :
— C’est de la musique.
Heureux âge, qui ignore l’aboi meurtrier des canons, et s’en tient à l’éternuement sonore des cymbales, au rythme tonitruant de la grosse caisse !
Mais dans le cabinet de travail où d’énormes bouquins de Beyle soubassent la croisée, voici le père de cet innocent.
Tête ronde, le teint clair, des yeux de clair regard, le sourire facile sous une moustache blonde, éminemment pondéré d’accent, de mimique, un grand air de bonté native et peut-être timide, tel m’apparaît M. Dottin.
De sa voix tranquille, il me raconte pourquoi il ne voulut point se presser, ayant scrupule d’agir avant que sa conviction fût absolue. Ce qui le détermina, lui chrétien, lui catholique, ce fut l’antisémitisme, doctrine de haine et de proscription. Il y vit aussi l’abolition de tout progrès, le recul en arrière, « un danger pour la République ».
Alors, lui et sa femme, très vaillamment, acceptèrent les ruptures mondaines qui, dans la Rennes bien pensante, s’imposaient, après un tel « scandale ». Peut-être s’en consolèrent-ils dans la satisfaction du devoir accompli, et de songer que le Pape lui-même, recommandant aux fidèles le respect du régime actuel, se trouvait, non moins qu’eux, en quarantaine et suspect.
Quant aux élèves de M. Dottin — élèves des Lettres — ils lui demeurèrent fidèles et respectueux.
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