Une maison large, aisée, souriante, que précède un jardin fleuri, dans le faubourg rustique : une femme qui semble épandre autour d’elle la bonté et la joie ; une fillette éclatante de fraîcheur, un garçonnet exquis, un homme dans la force de l’âge, robuste et fin, aux yeux pleins d’ironie : nous sommes chez M. Aubry, le professeur de droit.
Imaginez M. Bergeret — l’immortel Bergeret, d’Anatole France — heureux en famille... et ce sera presque cela.
Il commence, comme le forgeron de Coppée :
Mon histoire, Messieurs les juges, sera brève...
Puis, tout de suite :
— Ce qui m’a amené à penser ce que je pense, à faire ce que j’ai fait, à être ce que je suis ? Mais c’est mon bon sens ! Dès que j’ai vu l’acte d’accusation imbécile de d’Ormescheville, puis l’acte d’accusation non moins imbécile de Ravary, j’ai été fixé !... Cependant, il faut être juste, dire tout. Si je lisais le Temps, d’habitude, pour être renseigné, je lisais aussi, à titre d’observation sur la mentalité adverse, l’Intransigeant et la Libre Parole. C’est à ces feuilles que je dois la plénitude de ma conviction. La preuve par le contraire, ce n’est pas un paradoxe, c’est une opération courante.
A propos de courir, comment marche-t-il, Monsieur le professeur, votre nouveau petit élève ?
— Qui ça ?
— M. le commandant Carrière.
Une lueur fugace s’échappe d’entre les cils, aggrave de malice éphémère la bonhomie du visage rond où, sous la moustache, l’angle de la lèvre se crispe en un effort de gravité.