— Je n’ai pas encore eu l’occasion de lui faire passer d’examen : ce sera pour novembre. Mais rien de défavorable, sur son zèle universitaire, n’a circulé en ville, que je sache, ou n’est venu jusqu’à moi.
Or, voilà justement que M. Sée arrive, avec sa gracieuse femme et un gentil blondinet. M. Auguste Molinier (dont la déposition témoigne de tant de maîtrise, au procès Zola) les accompagne.
Je profite de l’occasion pour obtenir de lui quelques renseignements personnels. Portant binocle, la barbe blonde, la physionomie alsacienne et volontiers souriante, M. Sée, qui est israélite, m’édifie en quelques mots.
Ce qui m’a conduit à examiner mieux le cas de Dreyfus et à préjuger de son innocence, c’est d’abord l’intérêt que l’antisémitisme avait à sa perte, ensuite la brochure de Bernard Lazare.
Puis on cause, on échange des vues, dans ce milieu si parfaitement simple, si profondément intelligent et érudit. De nobles espérances, des aperçus quant aux temps nouveaux sont exprimés, avec l’horreur de tout ce qui est barbare, vulgaire, vil ou vénal...
C’est ça, la « clique » ? Je n’ai pas encore rencontré d’ivrognes. Mais il me reste encore à voir M. Basch. Après tout, c’est peut-être bien lui, l’ivrogne ?
Allons-y !
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Avez-vous parfois découvert, dans la réalité, la maison de vos rêves, le logis où, comme Mignon, on eût aimé naître, aimer, mourir ; la vieille demeure aux murs épais, aux corridors inégaux, toute baignée de clarté, toute drapée de vignes ; grille sur la route, ferme derrière, allée de tilleuls menant à l’ancienne chapelle, jardin ombreux, verger aux arbres croulants, perrons herbus, lourds volets et petits carreaux, rendez-vous de chasse, ex-prieuré, sorte de Charmettes, enfin, qu’eût respecté la Révolution ?
Si oui, vous devinerez ce qu’est, sur la route de Fougères, le Gros-Chêne, l’habitation de M. Basch.