Il ne me reste qu’un mot à ajouter, à répéter plutôt, car je l’ai déjà dit ici.

Avant l’affaire Esterhazy, lorsqu’on me parlait de l’affaire Dreyfus, je répondais invariablement : « On ne m’a fourni jusqu’ici aucune preuve de l’innocence du condamné ; mais on ne m’a fourni, non plus, étant donnée la façon dont il a été jugé, aucune preuve du contraire. Je suis incertaine... »

Depuis — et surtout après la séance publique du Cherche-Midi — l’évidente préoccupation d’étrangler, d’étouffer le débat ; la tactique suivie, la campagne menée ; le tumulte organisé ; l’entente à intimider ou bâillonner qui se permet seulement le doute, ont déterminé en moi l’inévitable réaction.

Dans cette tourmente d’injures, je viens de la traduire sans injurier personne. J’ai parlé, je crois, avec calme.

Et je ne suis pas seule à penser ainsi : nous sommes quelques-uns (y compris le bon peuple, qu’on pousse à s’agiter et qui demeure bien tranquille) qui, sans être des « espions », des « traîtres », des « vendus », tournons autour de l’énigme, qui voulons la vérité... et qui l’aurons !

L’ACCUSÉ

L’ACCUSÉ


Se sentir la continuelle et irrésistible nécessité de crier tout haut ce qu’on pense, surtout lorsqu’on est seul à le penser et quitte à gâter les joies de sa vie, voilà quelle a été ma passion ; j’en suis tout ensanglanté, mais je l’aime, et si je vaux quelque chose, c’est par elle, par elle seule.

ÉMILE ZOLA.
(Une campagne, 1882.)