9 février.
Voilà que c’est changé, que les grands chefs arrivent ; qu’un papillotement de pourpre et d’or reluit sous le jour faux.
Qu’en restera-t-il ? On ne sait... Une injure du général Gonse aux « robins » de la défense ; l’équivoque d’une négation du général Mercier s’appliquant non à l’existence de la pièce secrète communiquée hors séance aux juges du 1er Conseil de Guerre — sur ce point l’ex-ministre refuse de se prononcer, sans s’apercevoir que, tel, le silence est affirmatif — mais à l’allégation qu’il en aurait parlé à qui que ce soit.
Puis, encore, sa parole de soldat, hors et, pense-t-il, au-dessus de toute discussion, que Dreyfus était un traître « justement et légalement condamné ».
Et c’est tout. Pas assez pour nous convaincre, après tant d’irrégularités et de mystères ; pas assez pour imposer silence au besoin d’examen et d’investigation.
Entre la double haie de municipaux, immobiles, qui font passage, du prétoire à la porte du corridor, M. le général Le Mouton de Boisdeffre, chef de l’État-Major de l’armée, s’avance.
Il a une couronne de comte dans le fond de son képi ; la taille très droite, le crâne très chauve, le parler circonspect.
Ainsi qu’il sied à un guerrier qui commanda, je crois, trois mois dans l’active, et fit le restant de sa carrière dans les ambassades, il est, à la fois, distingué, vain et puéril.
Présentement, il fait l’autruche ; s’imagine qu’il s’abrite dans un silence partiel et éphémère.
Lui tirer une parole est métier de puisatier : le pauvre Labori y sue sang et eau !