Tantôt il s’abrite derrière le secret professionnel, dont il a fait réserve en son serment. Tantôt il se retranche derrière l’arrêt de la Cour, restreignant la preuve. Il décline, rompt, échappe, glisse entre les doigts.

Et, de tout ce qu’on lui demande, il ne sait rien, jamais rien ! Sur le document chipé aux bureaux de la Guerre ; rentré dans les cartons par l’entremise de la Dame voilée et d’Esterhazy ; que celui-ci qualifiait de « libérateur » et dont le Ministère a délivré reçu ; « M. le témoin », comme dit Labori, en un malin lapsus, ou ne peut parler, ou ignore.

Jamais on n’aurait supposé que situation si haute comportât telle absence d’informations !

Le général Gonse, petit, boulot, la bouche en O, le nez en croquignole, a l’air bourru et bonhomme d’un gardien de square.

Il est rageur.

A Labori, qui le questionne, il décoche ce coup de boutoir :

— Ce sont des traquenards, çà !

Tumulte, cris, évacuation de la salle, suspension de l’audience, intervention de Me Ployer, le bâtonnier, excuses. Après, on est tout à fait des bons amis.

Le commandant Lauth, face plate et dure, maxillaire anguleux, physionomie fermée, vient témoigner d’intentions qu’il crut saisir de la part de son ancien chef, le lieutenant-colonel Picquart, quant à l’identification d’écriture et le timbrage postal du petit bleu qui mit sur la piste d’Esterhazy.

Seulement, un mot nous laisse rêveur « falsification de clichés ». Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Falsification d’épreuves, on comprendrait. Mais de clichés ! Alors que sur la plaque, la moindre retouche apparaît, visible, indéniable ! Les « photographes » de l’assistance s’entreregardent, éberlués, interrogateurs...