» Ainsi soit-il ! »

J’observe les officiers, là-bas. Pas un qui bronche, pas un qui bouge ! Ils semblent ne pas entendre, ne pas comprendre ces choses dont le cœur me bat à rompre, dont j’ai les tempes trempées de sueur !

Leur solidarité ne s’émeut pas ! Leur patriotisme accepte ! Il y a cependant là de braves gens, de nobles hommes ? A quoi pensent-ils donc ? A qui pardonneraient-ils ces blasphèmes ? Qu’y a-t-il donc entre cet homme et eux ?

Les officiers du 74e de ligne, ses collègues à Rouen, n’avaient pas telle résignation, rapporte Huret, en ce moment à la barre ; le tenaient pour suspect, le traitaient de « rastaquouère ».

Pas un traître, admettons — mais ces lettres ?

Ah ! bah ! boutade légère, fantaisie qui ne compte pas ! « Vive l’armée ! Vive Esterhazy ! » sont cris jumeaux. Pourquoi distinguer ? On le va porter en triomphe. « Saluez la victime ! » ordonnera un thuriféraire. Le prince Henri d’Orléans lui viendra serrer la main.

Ce pendant que l’on enjoint aux modérés criant « Vive la France » d’avoir à militariser leur acclamation ; et que l’on assomme, à tour de bras, ceux qui crient : « Vive la République ! »

Le geste est beau ! « Au comble de l’émotion, dit le Soir, un officier qui assistait à l’audience et se trouvait sur l’escalier n’a pu exprimer ses remerciements à la foule autrement qu’en lui envoyant des baisers. »

Comme dans les cirques, alors ?... aurait écrit Esterhazy.

Et Paris, après dîner, est envahi d’officiers de la réserve ou de la territoriale, dans les cafés où le bon esprit règne, venant s’offrir à l’ovation.