XII
LA JOURNÉE DES INTELLECTUELS
19 février.
Une petite séance courte, de déblayage pourrait-on dire ; aux fins d’arriver au réquisitoire, et, peut-être aussi, par une dernière épreuve, de parvenir à décourager cet admirable lutteur qu’est Labori.
Peine perdue ! Il n’est pas de ceux qui défaillent ou désertent ! Son œuvre est faite, d’ailleurs, elle est acquise. Il n’est plus question que de prolonger l’effort qui sera l’honneur de sa carrière, et peut-être — attendez les événements ! — la gloire de sa vie !
Les bons confrères peuvent ricaner « qu’il s’est cassé les reins » ; insinuer qu’il est malade quand il est calme, et qu’il est gris (j’ai moi-même entendu le propos), quand il est violent ; cette excellente madame P... peut souhaiter qu’on l’écartèle en place de Grève, il est de taille à supporter le poids des envies et le fardeau des haines.
C’est un « monsieur ».
Comme est un monsieur cet autre, svelte, fluet, impassible, que nous voyons pour la dernière fois à la barre, et qui répond au nom de lieutenant-colonel Picquart.
Lui aussi, comme Labori, comme M. Paul Meyer, comme M. Grimaux, demande à s’expliquer sur un incident personnel ; tient à montrer quels procédés de polémique furent employés pour le déconsidérer.
Le Petit Journal imprima qu’il était marié, divorcé, et faisait élever ses enfants en Allemagne. — Je ne suis pas marié ; je ne l’ai jamais été ; je n’ai pas d’enfants ; et, si j’en avais, ce n’est pas en Allemagne que je les ferais élever.