Lui, soldat, ne pouvait rectifier. Sa famille l’essaya. Il s’agissait de faits matériellement inexacts : toute réparation fut refusée.
M. de Pellieux, alors, s’avance : en civil. Il a quitté son uniforme, dit-il, parce que son rôle est terminé.
Mais le changement de harnais ne l’a pas rendu moins agressif. Et, se tournant peu à peu vers son subordonné en état de prévention, sous le coup d’une décision du Conseil d’enquête, donc doublement ligoté, et qu’a déjà provoqué à égalité de grade, mais non de situation, M. Henry, le général traite le colonel de Turc à Maure ; déclare son attitude étrange le qualifie de « Monsieur », — « un Monsieur qui porte encore l’uniforme de l’armée française et qui est venu ici, à la barre, accuser trois officiers généraux d’avoir fait un faux ou de s’en être servi ».
— Fait, non ! S’en être servi, et s’en servir, oui ! riposte Georges Picquart.
Et il ajoute, complétant sa pensée, en cri d’alarme, mais aussi en flèche du Parthe :
— Rappelez-vous les papiers Norton !
Picquart est hué ; de Pellieux, applaudi. C’est drôle que ce dernier ne soit pas offusqué par l’uniforme au dos d’Esterhazy !
M. le lieutenant-colonel Picquart salue et sort, comme dans la chanson de Ferny, ou mieux se case dans la salle.
Pas une fois, au cours de ces débats, et quelques occasions qu’on lui en ait pu fournir, il ne s’est départi de la correction, de la réserve absolue qu’il s’était juré d’observer. Mais aussi, s’il a encouru des inimitiés puissantes, il s’est assuré des sympathies inaliénables et énergiques.
M. Stock, l’éditeur, vient témoigner quant aux lettres de M. Esterhazy que lui communique son ami M. Autant fils. Puis il atteste la bonne foi de M. Zola ; dit tenir d’un des juges de Dreyfus « que des pièces furent montrées secrètement au Conseil ; qu’il peut en énumérer quatre ».