XIII

LA JOURNÉE d’ÉMILE ZOLA

21 février.

Réquisitoire de M. Van Cassel : la pluie qui tombe ; succédané du rapport Ravary, à l’encontre du colonel Picquart ; et vraiment, fantaisie un peu bouffonne à l’égard de M. Émile Zola.

Je sais bien qu’en ce moment il n’y a pas d’Europe — nous seuls et c’est assez ! comme dans Médée — je n’ignore pas qu’il faut être vendu, traître et espion pour s’apercevoir que d’autres nations existent, et tenir compte de leur opinion.

Mais enfin, quand demain, après-demain, en Belgique, en Suisse, en Hollande, en Danemark, en Suède, en Roumanie, en Grèce, en Russie, pour ne parler que des puissances neutres ou amies, on lira rien que le début, les deux lignes préliminaires du laïus de l’avocat-général, je m’imagine la stupeur, le rire, la huée qui les accueilleront.

« Messieurs les Jurés,

— » Un homme qui a écrit de nombreux romans, qui s’est fait une notoriété APPARENTE... »

Ira-t-on plus loin ? Ira-t-on jusqu’à ce passage où M. Van Cassel, d’un air dégoûté, dit qu’après tout « les œuvres de M. Zola ne relevaient que de la littérature, et que la littérature elle-même ne relevait que de l’Académie » ; accuse Zola, avide de renommée, d’avoir voulu se procurer « le socle le haussant au titre de grand homme qu’il assume aisément » (sic).

Ceci est plaisant. Ce qui l’était moins, c’était d’entendre ce dégoulinement de gouttière sous le ciel gris.