» Je n’ai pas voulu que mon pays restât dans le mensonge et dans l’injustice. On peut me frapper ici. Un jour, la France me remerciera d’avoir aidé à sauver son honneur. »
On s’attendait à des violences, des protestations furibondes couvrant la voix de l’orateur.
Et trois, quatre fois seulement, des rumeurs se sont élevées. Les plus abrupts, les plus hostiles ont, malgré eux, subi la sensation que l’univers civilisé avait les yeux fixés sur cette petite salle où se débat l’un des plus grands problèmes de ce temps.
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C’était le tour de Labori.
Cariatide en toge, qui porte sur ses épaules, depuis treize jours, le poids d’un monde de fureurs, sa figure de bon garçon pâlie et solennisée, le ton calme, le geste restreint, il a étonné même ses amis par l’ordonnancement magistral de son argumentation.
Éloquent, oui certes ; mais avec une autorité insoupçonnée, une puissance, une ampleur qui ont fini par obtenir l’hommage du silence, et cette victoire : l’attention !
Que les jurés condamnent, que les jurés absolvent ; qu’ils soient des citoyens intimidés par tant d’objurgations et de menaces, ou qu’ils soient des héros d’abnégation, ainsi que le furent les bourgeois de Calais, à jamais illustres, ce qu’ils auront entendu là va les suivre et les hanter, germera dans leur cerveau et leur cœur.
Tout d’abord, en phrases brèves, il décrit la situation : les trois cents députés, les cent cinquante sénateurs, partisans de la revision, mais n’osant affronter une certaine presse, ni risquer l’appui du gouvernement avant les élections. Et puis le peuple indécis, par portions tronqué, résistant encore, prémuni par son instinct de la justice et du droit...
Ensuite il parle du « Syndicat », de ce mot arme de guerre, dont on entend paralyser les courages, effaroucher les timidités. Il démontre que c’est le droit de la famille, des amis, d’employer toutes leurs ressources à s’efforcer de prouver une innocence à laquelle ils croient, à tenter de se laver d’une souillure infamante et qu’ils jugent imméritée.