S’ensuit-il de là que Zola soit un vendu ? Que tous autres, qui lui ont apporté, en ces heures d’épreuves, l’appui de leur nom, le témoignage de leur sympathie, la confirmation de leur amitié, l’aient fait ignominieusement, contre salaire ? Et il cite tous les philosophes, les savants, les artistes, les politiciens, les publicistes qui se sont engagés, résolument, dès qu’il y eut péril, surtout, à la suite du grand écrivain.
On est quelques-uns, tout de même ! Et pas précisément le déchet !
D’ailleurs, l’esprit de doute qui est au cœur de l’homme n’avait guère besoin, en la cause, d’être très sollicité. A preuves, les deux admirables et prophétiques articles de l’Autorité, dont Labori donne lecture : « ces cris de conscience où, dès 1894, M. Paul de Cassagnac mettait le plus pur de sa chevalerie et de sa loyauté ».
Et contre le huis-clos, déjà, cette phrase : « Prendre à un homme, un soldat, son honneur, sans dire pourquoi, équivaut à ressusciter les tribunaux secrets de l’Espagne et des Pays-Bas ! »
Or, il y a eu plus que le huis-clos : il y a eu l’illégalité monstrueuse du document montré aux juges, et à l’insu de la défense et de l’accusé !
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Labori examine le document porté à l’Éclair et par lui publié le 15 septembre 1896. Il démontre, par le texte même des commentaires, et le nom remplaçant l’initiale, que cette publication, dirigée contre Dreyfus, ne pouvait être du fait de M. le lieutenant-colonel Picquart.
Il remémore cette rencontre entre MM. Salles et Demange, le premier révélant au second la confidence reçue d’un des membres du Conseil de guerre, et sur laquelle, à cette barre, on ne l’a point voulu laisser déposer.
Il rappelle l’étonnement de tous ceux qui observent et réfléchissent devant les autres documents soi-disant révélateurs : l’insuffisance du bordereau, la puérilité du rapport Ormescheville.
Il « mouche » une partie de l’auditoire qui a piaillé contre lui sur le mot de désintéressement, de cette apostrophe cinglante :