— Si nous vous avions payés, vous manifesteriez pour nous !

Puis il fait ressortir ce que Zola pouvait gagner à la bagarre, lui, heureux, riche, célèbre, ayant conquis, par sa plume, ce qui assure la vieillesse glorieuse, paisible, honorée.

Mais l’instruction contre Esterhazy conduite en apothéose ; mais le ministre de la guerre, à la tribune de la Chambre, indiquant le verdict à rendre, par une affirmation nouvelle (et rien qu’une parole, toujours !) de la culpabilité de Dreyfus, devaient déterminer à agir.

Il l’a fait. Peu ont compris. C’est le sort de tous ceux qui vont à l’encontre des pouvoirs publics. Il l’a fallu cependant pour reviser toutes les erreurs judiciaires, depuis Jésus-Christ jusqu’à Pierre Vaux, en passant par Jeanne d’Arc ; pour flétrir toutes les violences qu’a justifiées la raison d’État, depuis la Saint-Barthélemy jusqu’au massacre des otages, en passant par les excès de la Terreur et l’exécution sommaire du duc d’Enghien. Ici, Labori atteint, réellement, le summum de l’éloquence, le beau mouvement oratoire dont se dilatent les yeux, dont se suspendent les haleines, dont palpitent les cœurs.

Il est applaudi...


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Et alors, sans transition, comme on charge, il fonce sur cette imputation : l’injure à l’armée.

Qu’est-ce que l’armée ? La nation entière, tous officiers se valant. En haut, quelques chefs, faillibles autant que le restant des mortels.

Forment-ils donc une caste à part ? Mais si l’état-major était décimé par l’épidémie ou la mitraille, si, accomplissant la menace de M. de Boisdeffre, il démissionnait demain, la patrie en serait-elle perdue ?

Aucunement ! De plus jeunes mains, des mains non moins valeureuses, reprendraient, aux mains défaillantes des aînés, le bâton du commandement.