Et ce serait tout. Il n’y a pas d’hommes indispensables.
On se le doit dire, et se le répéter, pour s’élever contre une suprématie de l’arme qui serait plus oppressive, chez nous, que chez les Turcs ou les Tartares, où, du moins, le chef est responsable devant son peuple, sa dynastie, Dieu même, s’il est de droit divin.
Ici, ce serait l’oligarchie militaire, la dictature d’un groupe anonyme, plus puissante et plus respectable que la loi.
Ne point vouloir cela, ni l’admettre, est-ce donc outrager l’armée ? Et puis qui donc l’outrage, obstinément, quotidiennement ? Qui donc l’a le plus outragée, sinon précisément ceux qui, aujourd’hui, s’en instituent les défenseurs ?
Et Labori donne lecture de divers passages de l’Intransigeant.
Celui-ci, d’abord, du 3 mars 1897, paru sous la signature de M. Charles Roger, fragment d’une lettre attribuée à « un officier supérieur en activité de service, un renseigné ».
« C’est une monstruosité de voir le commandement suprême de l’armée aux mains d’un vieillard septuagénaire qui, sur le terrain, en paix comme en guerre, a été jugé depuis longtemps à sa valeur qui est nulle.
» Quant à Boisdeffre, sottement entiché d’une noblesse qui n’a même pas le mérite mince, aujourd’hui, d’être sérieuse, c’est, comme vous le dites si exactement, un paresseux, un ignorant comme une carpe, ayant du bagout, de l’aplomb, du toupet, tellement rossard qu’il n’a jamais eu le courage d’apprendre un mot d’allemand et que le chef d’état-major de l’armée, pour lire la moindre note dans cette langue, est obligé d’avoir recours à un interprète. C’est un comble ! Ce que les Prussiens doivent se tordre et se moquer de nous.
» Du reste, grâce à ses chefs — tel maître, tels sous-ordres — cet état-major est tellement singulier que l’officier supérieur à la tête aujourd’hui du fameux S. S. (service de renseignements), ne sait pas lui-même un traître mot de langue étrangère.
» Autre comble ! Le généralissime Saussier, qu’en dire ? Ç’a été un brave capitaine de l’ancienne armée d’Afrique, devenu général et détestable manœuvrier, aujourd’hui complètement fourbu.