12 Maharbal, envoyé de Carthage contre les Africains révoltés, et connaissant le goût passionné de ce peuple pour le vin, mélangea une grande quantité de cette boisson avec du suc de mandragore, plante qui tient le milieu entre le poison et les narcotiques; et après un léger engagement avec l'ennemi, il se replia à dessein: puis, au milieu de la nuit, laissant dans son camp quelques bagages et tout le vin mélangé, il feignit de s'enfuir. Les barbares s'emparent de son camp, se livrent à la joie, boivent avidement ce vin pernicieux, et bientôt, étendus à terre comme s'ils étaient morts, ils sont, au retour de Maharbal, tous pris ou massacrés.
13 Hannibal, sachant que son camp et celui des Romains étaient dans un lieu où le bois manquait, abandonna de nombreux troupeaux de boeufs dans ses retranchements, au milieu de ce pays désert. Les Romains s'emparèrent de ce butin, et, se trouvant dans une grande disette de bois, se gorgèrent de viande mal cuite. Tandis qu'ils se croyaient en sûreté, et qu'ils étaient incommodés par cette viande à demi crue, Hannibal ramena son armée pendant la nuit, et leur fit beaucoup de mal.
14 En Espagne, Tiberius Gracchus, informé que l'ennemi, ne pouvant se procurer des vivres, était dans la détresse, abandonna son camp, où il laissa en abondance des provisions de toute espèce. Les ennemis s'en emparent, se gorgent de la nourriture qu'ils trouvent; et, tandis qu'ils souffrent de cet excès, Tiberius revient avec son armée, les surprend et les taille en pièces.
15 Les habitants de Chio, faisant la guerre à ceux d'Érythrée, leur enlevèrent un éclaireur sur une éminence, le tuèrent, et revêtirent de ses habits un de leurs propres soldats. Celui-ci, par les signaux qu'il fît du même lieu aux Érythréens, les attira dans une embuscade.
16 Les Arabes, sachant que l'on connaissait leur habitude d'annoncer l'arrivée de l'ennemi, le jour avec de la fumée, et la nuit avec du feu, donnèrent l'ordre d'entretenir continuellement ces signaux, et de ne les interrompre, au contraire, qu'à l'approche des ennemis. Ceux-ci croyant, d'après l'absence des feux, que les Arabes ignoraient leur arrivée, s'avancèrent avec plus de précipitation, et furent défaits.
17 Alexandre, roi de Macédoine, voyant que les ennemis étaient campés dans un bois situé sur une hauteur, partagea ses troupes en deux corps, ordonna à celui qu'il laissait au camp d'allumer autant de feux qu'à l'ordinaire, pour faire croire à la présence de l'armée entière; et, conduisant lui-même l'autre corps par des chemins détournés, il alla fondre d'un lieu plus élevé sur l'ennemi, et le débusqua.
18 Memnon de Rhodes, dont la principale force était dans la cavalerie, ayant affaire à des troupes qui se tenaient sur les hauteurs, et qu'il voulait attirer dans la plaine, envoya dans leur camp plusieurs de ses soldats, chargés de jouer le rôle de transfuges, et de faire croire que son armée était en proie à une si forte sédition, qu'il en désertait à chaque instant une partie. Pour accréditer ce mensonge, Memnon fit établir çà et là, sous les yeux de l'ennemi, quelques petits forts qui semblaient être l'ouvrage des prétendus déserteurs, pour leur servir de retraite. Dans cette confiance, les ennemis, abandonnant les collines, descendent en rase campagne, et, tandis qu'ils s'attaquent aux forts, Memnon les enveloppe avec sa cavalerie.
19 Arybas, roi des Molosses, ayant à soutenir une guerre contre Ardys, roi d'Illyrie, qui avait une armée plus forte que la sienne, envoya dans une province d'Étolie, voisine de ses États, ceux de ses sujets qui ne pouvaient se défendre, et répandit le bruit qu'il abandonnait aux Étoliens ses villes et toutes ses possessions; puis, se mettant à la tête de ceux qui étaient capables de porter les armes, il plaça des embuscades sur les montagnes et dans des lieux de difficile accès. Les Illyriens, craignant que les richesses des Molosses ne tombassent au pouvoir des Étoliens, accoururent au pillage avec précipitation et en désordre; et quand Arybas les vit dispersés et en pleine sécurité, il sortit d'embuscade, tomba sur eux, et les mit en déroute.
20 T. Labienus, lieutenant de C. César, désirant livrer bataille aux Gaulois avant l'arrivée des Germains, qu'il savait devoir venir à leur secours, feignit de se défier de ses forces; et, après avoir assis son camp près d'un fleuve[70], sur la rive opposée à celle que l'ennemi occupait, il donna l'ordre du départ pour le lendemain. Les Gaulois, croyant qu'il fuyait, se mirent en devoir de franchir le fleuve; mais, au moment même où ils luttaient contre les difficultés du passage, l'armée de Labienus fit volte-face, et les tailla en pièces.
21 Hannibal, s'étant aperçu que Fulvius, général romain, avait mal fortifié son camp, et agissait souvent avec peu de prudence, envoya dès la pointe du jour, au moment où d'épais brouillards obscurcissaient le temps, quelques cavaliers se montrer aux sentinelles qui gardaient nos retranchements. Aussitôt Fulvius fit sortir son armée. Hannibal, venant par un autre côté, s'empara du camp, et de là tombant sur les derrières des Romains, il leur tua huit mille des meilleurs soldats, et leur général lui-même.