32 Pompée, en Espagne, ayant dressé une embuscade, feignit, en fuyant, de craindre les ennemis, les attira vers le piège; et, quand il vit le moment favorable, il se retourna, les attaqua de front et sur les deux flancs, les tailla en pièces, et fit même prisonnier Perpenna, leur chef.

33 Le même, faisant la guerre en Arménie contre Mithridate, dont la cavalerie était plus nombreuse et meilleure que la sienne, plaça, pendant la nuit, trois mille fantassins armés à la légère, et cinq cents cavaliers, dans une vallée couverte de bois, et située entre les deux camps; puis, à la pointe du jour, il fit avancer sa cavalerie vers les avant-postes ennemis, avec ordre, lorsqu'elle serait tout entière aux prises avec celle de Mithridate, de se retirer peu à peu, sans quitter les rangs, jusqu'à ce que les troupes embusquées fussent à portée de tomber sur les derrières de l'ennemi. L'événement ayant rempli son attente, la cavalerie, qui semblait fuir, tourna bride; et les ennemis, enveloppés et frappés d'épouvante, furent taillés en pièces: leur chevaux mêmes tombèrent sous les coups d'épée que venaient leur porter les fantassins. Ce combat fit perdre au roi la confiance qu'il avait en sa cavalerie.

34 Crassus, dans la guerre des esclaves fugitifs s'était retranché près du mont Cathena, dans deux camps fort rapprochés de celui de l'ennemi. Après avoir fait passer, pendant la nuit, ses troupes du plus grand dans le plus petit, laissant dans le premier sa tente prétorienne, pour donner le change à l'ennemi, il conduisit lui- même toute son armée au pied de la montagne, où il prit position. Il partagea en deux corps sa cavalerie, et chargea L. Quinctius d'en opposer une partie à Spartacus, pour le tenir en échec, puis de provoquer, avec le reste, les Gaulois et les Germains, commandés par Castus et Gannicus, afin de les attirer, par une fuite simulée, jusqu'à l'endroit où il se tenait lui-même avec son armée rangée en bataille. Aussitôt qu'elle se vit chargée par les barbares, la cavalerie se retira vers les deux ailes, et tout à coup l'infanterie romaine, mise à découvert, s'élança en poussant de grands cris. Tite-Live rapporte que trente-cinq mille combattants périrent avec leurs chefs dans cette journée, et que l'on reprit cinq aigles romaines, vingt-six enseignes et beaucoup de butin, parmi lequel se trouvaient cinq faisceaux avec leurs haches.

35 En Syrie, C. Cassius, s'avançant contre les Parthes, ne présenta sur son front de bataille que sa cavalerie, derrière laquelle il cacha l'infanterie dans les inégalités du terrain; ensuite, faisant lâcher pied à sa cavalerie, qui s'écoula par des chemins qu'elle connaissait, il attira les Parthes dans le piège, et les tailla en pièces.

36 Ventidius, ayant affaire aux Parthes et à Labienus, que leurs victoires avaient enhardis, feignit de les craindre, en tenant son armée inactive; et, les ayant par là déterminés à l'attaquer, il les attira dans des lieux désavantageux, tomba sur eux inopinément, et les battit à tel point, qu'ils abandonnèrent Labienus et sortirent de la province.

37 Le même, n'ayant qu'une petite armée à opposer au Parthe Pharnastane[73], et voyant que celui-ci se fiait de plus en plus sur le grand nombre de ses soldats, embusqua dans une vallée couverte, à côté de son camp, dix-huit cohortes, derrière lesquelles il rangea sa cavalerie; ensuite, quelques hommes lancés contre les Parthes ayant à dessein pris la fuite, ceux-ci les poursuivirent en désordre, et dépassèrent le lieu de l'embuscade: aussitôt l'armée de Ventidius, se jetant sur leur flanc, les mit en déroute, et Pharnastane resta parmi les morts.

38 Le camp de C. César et celui d'Afranius occupaient deux côtés opposés d'une plaine, et chacun de ces chefs avait grand intérêt à s'emparer de hauteurs voisines dont l'accès était défendu par des rochers escarpés. César mit ses troupes en marche comme pour opérer une retraite sur Ilerda, ce que le manque de vivres pouvait faire supposer; puis, après un court chemin, il fît un léger détour, et se dirigea brusquement vers les hauteurs afin de s'en rendre maître. À cette vue, les troupes d'Afranius, aussi en peine que si leur camp eût été pris, coururent en désordre vers ces mêmes montagnes. César, qui avait prévu ce mouvement, profita de leur confusion pour les attaquer de front avec de l'infanterie qu'il avait envoyée en avant, tandis que sa cavalerie les chargeait par derrière.

39 Antoine, informé de l'approche du consul Pansa, lui dressa une embuscade dans les bois qui bordent la voie Émilienne, près de Forum Gallorum[74], le surprit ainsi avec son armée, et le mit en déroute. Le consul lui-même reçut une blessure dont il mourut peu de jours après.

40 En Afrique, pendant la guerre civile, le roi Juba causa une fausse joie à Curion par une retraite simulée[75]. Celui-ci, séduit par l'espoir de vaincre, se mit à la poursuite de Sabura, lieutenant du roi, qui semblait fuir devant lui, et s'avança dans une plaine où, enveloppé par la cavalerie numide, il périt avec toute son armée.

41 Mélanthe, général athénien, provoqué à un combat singulier par Xanthus, roi de Béotie, contre lequel il soutenait la guerre, se rendit sur le champ de bataille, et quand il fut tout près de son ennemi: «Xanthus, lui dit-il, tu agis contre la justice et contre nos conventions: je suis seul, et tu amènes un second.» Tandis que le roi, étonné, se retournait pour voir qui l'accompagnait, Mélanthe le tua d'un seul coup[76].