Et vos filles?
Elles viendraient à moi.
Je ne te dis pas une monstruosité, non! Je prendrais les enfants, le coeur brisé, mais sans remords. Je serais leur mère et leur père.
Vivrais-tu, si je t'envoie ces pages?
Je ne t'ai encore rien demandé, si ce n'est de me regarder en face et de ne pas fuir.
Ne fuis pas. Tu as les enfants. Elles vivraient et grandiraient aussi sans toi. Ce n'est pas par devoir que tu ne les quitteras pas, c'est par amour.
Ne les enlève pas non plus à leur père.
Pourquoi devraient-elles ne pas continuer à lui sourire, à le regarder dans ses yeux pleins de rêve? Leurs âmes ont son empreinte, elles sont déjà formées à sa ressemblance. Elles grandiront vite, elles comprendront vite tant de choses! Même si leur père ne restait pas près d'elles tout le temps de leur adolescence, crois-tu qu'elles ne sauraient tout de même l'aimer, qu'elles ne voudraient tout de même le savoir fier de soi et fier de sa vie par les routes du monde?
Les jeunes gens ont besoin seulement de se savoir nés de créatures saines, qui ont souri sur leurs berceaux. Toute l'existence, quand ils ont cette certitude, ils peuvent la conquérir seuls, avec leur propre volonté, et elle leur est plus précieuse.
Ce ne sont pas les petites qui ont besoin de lui, c'est lui qui ne peut être privé d'elles pour toujours.