Milord Forbes, pour voir plus souvent Mlle Lafond, lui proposa d'être sa maîtresse de langue, et lui offrit pour ce service cent louis par mois. La belle ne se fit pas tirer l'oreille, et l'écolier devint bientôt maître. Mlle Arnould ayant appris cet arrangement, dit: «Milord a sagement fait; avant de s'engager dans une affaire, il est bon de prendre LANGUE.»


Mlle Mazarelli, courtisane fameuse par plus d'une aventure, devint la maîtresse de M. de Montcrif; elle avait puisé près de cet Anacréon le goût de la belle littérature; elle faisait même gémir la presse, et ne fréquentait plus que des savans. «Comme les goûts changent avec l'âge! dit Sophie; jadis Mazarelli ne s'attachait qu'aux beaux corps, maintenant elle n'a commerce qu'avec les beaux esprits


La vie privée de Louis XV autorisa les scènes scandaleuses qui se multiplièrent sous son règne. Ce monarque blasé n'eut pas honte d'élever jusqu'à son trône une fille publique nommée Lange, et qui bientôt devint comtesse Dubarri[31]. Une telle métamorphose anoblit pour un temps l'état de courtisane, qui depuis la régence avait offert tant de chances de fortune. Lorsque cette célèbre Laïs devint la maîtresse du roi, Sophie dit: «Qu'elle avait changé sa monnaie contre un Louis.»

Lorsque Favart donna sa Rosière de Salency, une jeune figurante demanda à Sophie ce que c'était qu'une rosière.—C'est une jeune fille couronnée de roses pour en avoir défendu le bouton.En ce cas, répondit naïvement la danseuse, je ne serai jamais rosière.


Un jour qu'elle jouait le rôle de Thélaïre dans Castor et Pollux, la foule était si grande qu'on étouffait dans toutes les parties de la salle. Quelqu'un vint sur le théâtre s'en plaindre à Mlle Arnould. C'était précisément dans le temps que les arrêts du conseil venaient de paraître au sujet de la réduction des effets royaux. «Où est notre cher abbé Terray? dit Sophie; que n'est-il là pour vous réduire de moitié!»


Mlle G. rassemblait en 1769, dans un hôtel de la chaussée d'Antin, nommé le Palais de Terpsichore, la foule de tous les plaisirs: à Athènes et à Rome, où les courtisanes étaient si révérées, on ne trouva jamais l'exemple d'un pareil luxe. Mais le prince de Soubise ayant retiré à cette nymphe les 72,000 liv. de rentes dont il la gratifiait, et M. de Laborde, valet de chambre du roi, s'étant ruiné à son service, elle fut obligée de suspendre les délicieux spectacles qu'elle donnait, et ses créanciers la tourmentèrent au point qu'elle se vit à la veille de déposer son bilan. Un des fournisseurs ayant demandé si cette Laïs ferait honneur à ses affaires: «En doutez-vous? lui dit Sophie; je réponds que G. mourra au lit d'honneur