M. d'Aucourt, fermier général et bel esprit, est l'auteur des Mémoires Turcs, où il rappelle les aventures galantes de l'envoyé de Maroc qui vint en France en 1768. Il les dédia à Mlle Duthé, ce qui fit la fortune de l'ouvrage. Les talens cachés de cet heureux musulman répondaient à sa taille supérieure et à sa vaste corpulence, et les odalisques de plus d'un théâtre ont attesté ses prouesses. Mlle Peslin fut une de celles qui lui firent cueillir le plus de lauriers. Sophie dit à ce sujet: «Depuis que Peslin a trouvé chaussure à son pied, elle ne veut plus que du MAROQUIN.»
Tandis que le boucher Colin achevait de se ruiner avec Mlle Duplant, cette actrice avait encore d'autres amans pour ses menus plaisirs.—Il faut que cet homme ait l'esprit bouché, dit un plaisant, pour ne pas s'apercevoir des incartades de sa maîtresse.—Vous ne savez donc pas, reprit Sophie, que pour mieux l'attraper elle le fait jouer à Colin-maillard.
Poinsinet[32] partit pour l'Espagne en 1769; il comptait travailler dans ce royaume à la propagation de la musique italienne et des ariettes françaises; malheureusement il se noya dans le Guadalquivir. Lorsque Mlle Arnould apprit cet événement, elle s'écria: «Pauvre Poinsinet, voilà donc tous tes projets à vau-l'eau?»
Une figurante vivait avec un maître de danse qu'on appelait Moka, parce que, semblable au bon café de ce nom, il était petit, vieux et sec.—Il a toutes les qualités du cœur, disait-elle en parlant de son amant; c'est dommage qu'il ne soit pas un peu plus vert.—Hé bien! répartit Sophie, il faut le planter là pour reverdir.
Un jeune homme bien né, mais plus fastueux que sage, après avoir mangé sa légitime avec une danseuse de l'Opéra, nommée Martigny, se trouva réduit à vivre d'un talent qu'il avait jusque-là cultivé pour son agrément, et il se fit peintre en miniature. Quelque temps après Sophie dit à sa camarade: «Reçois mon compliment, ma chère Martigny, je croyais ton amant ruiné, et je viens d'apprendre qu'il fait FIGURE dans le monde.»