Un danseur entretenait une jeune figurante dont la complexion était fort maigre, et lorsqu'il était avec elle il ne l'appelait jamais que mon chou. Ce mot souvent répété fit dire à Sophie: «Il paraît que cet homme-là ne fait pas ses CHOUX gras.»
On a vu dans le même temps figurer à l'Opéra trois sœurs qui portaient toutes les trois des noms de fleurs; l'une s'appelait Rose, l'autre Hyacinthe, et la dernière Marguerite. Comme on les nommait devant Sophie, elle s'écria: «Bon Dieu! quelle plate-bande!»
Un musicien, un peu gascon, se vantait d'être aimé d'une femme charmante qui demeurait dans le faubourg Saint-Marceau.—Oh! oh! dit un plaisant, il y a bien de la boue dans ce quartier-là.—Cela n'empêche pas, reprit l'artiste, que ma conquête y fait du bruit.—En ce cas, reprit Sophie, je gage que votre belle a des sabots.
Un jeune mousquetaire qui croyait sans doute que l'amour tient lieu de tout, faisait une cour assidue à une jolie danseuse, mais dont le cœur ne s'ouvrait qu'avec une clef d'or. Un jour qu'il se plaignait de n'obtenir de sa belle que de vaines promesses, Mlle Arnould lui dit: «Il faut être bien novice pour ignorer que l'amant qui ne dépense qu'en soupirs n'est payé qu'en espérances.»
Ce qui a surtout nui à l'abbé Terray[44] dans l'esprit des Parisiens, c'est qu'il montrait dans ses réponses trop de mépris pour l'opinion publique. On lui reprochait un jour qu'une de ses opérations ressemblait fort à prendre l'argent dans les poches. «Et où voulez-vous donc que je le prenne?» répondit-il. Une autre fois on lui disait, une telle opération est injuste. «Qui vous dit qu'elle est juste?» répliqua-t-il. Un coryphée de l'Opéra étant allé solliciter près de lui le paiement des pensions de plusieurs de ses camarades, revint tristement dire à Sophie que l'abbé Terray l'avait fort mal accueilli. «Je n'en suis point surprise, répondit-elle; comment paierait-il ceux qui chantent, quand il ne paie pas ceux qui pleurent.»