Un jeune poëte paraissait indécis sur le genre de composition dramatique dont son génie devait s'occuper.—Conseillez-moi, disait-il à Mlle Arnould, où dois-je me fixer, et quel modèle prendrai-je?—Croyez-moi, répondit-elle, fixez-vous au Théâtre-Français, et tâchez d'y prendre Racine.
En 1773 le Palais-Royal, bien différent de ce qu'il est aujourd'hui[45], renfermait un jardin beaucoup plus vaste. Une allée d'antiques marronniers formant le berceau, présentait un agréable spectacle par la brillante compagnie qui s'y rassemblait trois fois par semaine; des concerts délicieux qui se prolongeaient jusqu'à deux heures du matin, ajoutaient aux charmes des belles soirées d'été. Sophie occupait alors un appartement qui donnait sur ce jardin. Voulant tirer un feu d'artifice à l'occasion de la naissance du duc de Valois, elle écrivit au duc d'Orléans la lettre suivante:
«Monseigneur,
«Suivant un usage antique, à la naissance des rois on apportait de l'or, de la myrrhe et de l'encens; l'or aujourd'hui serait une offrande trop vile pour un grand prince comme vous; la myrrhe est, je crois, un aromate peu agréable; quant à l'encens, tant de mains délicates le font fumer devant vous que je n'ai garde de m'en mêler. Par la position de ma demeure sur le jardin de votre palais, Monseigneur, je me trouve à portée de faire parvenir jusqu'à l'auguste accouchée l'éclat et le bruit de notre hommage. Le dédaignerez-vous? Je n'ai à présenter à Votre Altesse qu'un petit feu, une explosion vive et beaucoup de fumée; celui dont brûlent nos cœurs pour Votre Altesse est plus durable et ne s'éteindra qu'avec nos vies.
«Je suis, etc.»
Le duc d'Orléans accorda la demande, et Sophie fit tirer son petit feu, à la grande satisfaction de tous ceux qui en furent témoins.
Le marquis de L. ayant eu du goût pour Mlle Grandi, danseuse à l'Opéra, celle-ci peu cruelle l'admit à sa couche et fit les choses très-généreusement, s'en rapportant à la munificence du seigneur, et n'imposant aucune condition. Le lendemain son amant lui demanda ce qui lui faisait plaisir. Elle parla de chatons, qui s'assortiraient à merveille avec un collier qu'elle avait. Le surlendemain il arriva à Mlle Grandi une corbeille pleine de petits chats. Cette facétie fit beaucoup rire, et lorsque Sophie revit sa camarade, elle lui dit: «Je ne suis point surprise de ce qui t'arrive, ma chère Grandi; tes SOURIS doivent attirer les CHATS.»