Le 24 mars 1774, Mlle Arnould, par un pur caprice, refusa de chanter, et ce jour-là elle eut la hardiesse de se montrer à l'Opéra, en disant «qu'elle venait prendre une leçon de Mlle Beaumesnil Les directeurs se plaignirent au duc de la Vrillière, qui, au lieu d'envoyer cette actrice rebelle au Fort-l'Evêque, se contenta de la réprimander. Des spectateurs de mauvaise humeur allèrent à l'Opéra le mardi suivant pour la siffler; mais ils n'en eurent pas le courage, et la séduction de son jeu leur fit oublier ce projet.


Le duc de F.[48] ne pouvant obtenir les faveurs d'une jeune personne aussi sage que belle, ne trouva pas d'autre expédient que de l'enlever après avoir mis le feu à la maison. On racontait l'événement devant plusieurs vieilles coquettes qui se récrièrent beaucoup sur les circonstances de ce rapt. «Hélas! dit Sophie, les libertins enlèvent les belles, mais le temps plus cruel enlève la beauté


Le notaire Clauze, grand amateur de filles et fort inconstant, eut, dit-on, les prémices de Mlle Dorival, l'une des plus jolies danseuses de l'Opéra, et peu de temps après il quitta cette nymphe pour un nouvel objet. Dorival pleurant la perte de son infidèle, Sophie lui dit pour la consoler: «Fais un acte de contrition, pauvre innocente, et souviens-toi qu'à Cythère on ne fait point de bail à vie.»


Lorsque Dorat fit jouer sa comédie de la Feinte par amour, il était attaché au char de Mlle Dupuis de l'Opéra. Cette actrice s'étant amourachée d'un jeune mousquetaire, supposa une longue indisposition pour être plus libre chez elle. Quelque temps après Dorat demanda à Sophie si Mlle Dupuis avait été réellement malade. «Non, répondit-elle, c'est une FEINTE par amour


Le baron du Hou.... avait fait dans ses terres, en Normandie, une coupe de bois de 80,000 liv., afin de mieux payer les faveurs d'une courtisane nommée Bréman. Ce fou fieffé étant venu à l'Opéra dans un costume magnifique, Mlle Arnould dit à quelqu'un: «Regardez donc le baron comme il porte bien son BOIS.»