Les ponts ont singulièrement influé sur la vie de Mme Dubarri. Cette célèbre courtisane naquit à Paris au Pont-aux-Choux, et dès l'âge le plus tendre elle exerça ses talens sur le Pont-Neuf; le Pont-Royal la vit le sceptre en main, et à la mort de son illustre amant elle fut exilée au Pont-aux-Dames. Après avoir émigré en Angleterre elle revint à Paris en 1793, et finit sa vie près du Pont de la Révolution. Sophie apprenant la mort de Louis XV et l'exil de Mme Dubarri, dit en regardant tristement ses camarades: «Nous voilà orphelines de père et de mère.»
P. n'ayant pu faire jouer sa comédie des Courtisanes, attaqua juridiquement la troupe des comédiens français, et publia une épître intitulée: Remercîmens des Demoiselles du monde aux Demoiselles de la Comédie-Française, à l'occasion des Courtisanes, comédie. Cette satire ameuta contre lui toutes les prêtresses de Vénus. Quelqu'un disait à Sophie que P.[49], si méchant dans ses écrits, était pourtant un bon homme. «Ne vous y fiez pas, reprit-elle, il a des griffes jusque dans les yeux.»
Une figurante jeune et jolie se fit quelque temps remarquer par sa conduite sage et réservée; elle résista au torrent qui entraînait ses camarades, et pour se faire une égide contre les traits de la séduction, elle prit un mari. Quelqu'un admirant les mœurs de cette danseuse, disait qu'elle avait beaucoup de vertus. «Hé bien, reprit Sophie, elle a cela de commun avec les SIMPLES.»
Mlle Laguerre se promenait dans les coulisses de l'Opéra, entourée de quelques adorateurs. Sophie s'approcha de cette nymphe, et lui touchant son ventre qui s'arrondissait visiblement: «Voilà, dit-elle, le recueil de ces messieurs.[50]»
Un procureur au parlement qui s'était presque ruiné au service de Mlle Duplant, vint un soir au foyer de l'Opéra. Quelqu'un qui le reconnut dit à voix basse:—Voici un dindon que Duplant a bien plumé.—Cela ne l'empêche pas de voler, répartit Sophie.