Une dame de Hunolstein[51] s'engoua tellement de Sophie qu'elle avait vue dans le rôle d'Iphigénie, qu'elle en était devenue presque amoureuse. Celle-ci voulant en marquer sa reconnaissance, lui envoya un chapeau fort galant qu'elle nomma chapeau à l'Iphigénie. La jeune dame ne pouvant parvenir à ajuster cette coiffure à son goût, envoya chez l'actrice un laquais balourd qui fit plaisamment sa commission. Il trouva Sophie à sa toilette entre le prince d'Hénin son amant payant, et un coiffeur son amant payé; il lui dit:—Mademoiselle, Mme la comtesse vous remercie du chapeau que vous lui avez envoyé, mais elle ne peut réussir à l'arranger comme vous, et elle vous prie de lui envoyer celui qui vous le met.—Iphigénie alors se tournant avec majesté vers ses deux favoris, leur dit le plus gravement du monde: «Hé bien, qui est-ce qui marche aujourd'hui?»


Le 22 février 1774, l'Académie royale de Musique donna la première représentation de Sabinus, tragédie lyrique en quatre actes, qui avait été représentée à Versailles pour les fêtes de la cour le 4 décembre 1773; le poëme est de Chabanon, la musique de Gossec. Cet opéra n'eut pas plus de succès à la ville qu'à la cour; on ne s'aperçut pas même de l'attention que les auteurs avaient eue de le réduire en quatre actes après l'avoir donné d'abord en cinq; ce qui fit dire à Mlle Arnould que «le public était un ingrat de s'ennuyer quand on se mettait en QUATRE pour lui plaire


Elle rencontra, en se promenant au bois de Boulogne, un médecin de sa connaissance qui cheminait avec un fusil sous le bras.—Où allez-vous donc ainsi armé? lui demanda Sophie.—Je vais à Longchamp voir un malade.—Il paraît, reprit-elle, que vous avez peur de le manquer.


Une jeune danseuse s'était avisée de devenir amoureuse folle d'un violon de l'Opéra. Sa mère s'en plaignit amèrement en présence de Sophie, qui dit à la novice:—Mademoiselle, vous n'avez point l'esprit de votre état; on vous passe de céder à quelque caprice, pourvu que cela ne fasse pas de bruit; mais une demoiselle d'Opéra ne doit avoir ouvertement un cœur que pour la fortune.—C'est bien parlé, s'est écriée la mère. Oh! Mademoiselle, que ma fille n'a-t-elle votre esprit! Il n'est pas surprenant que vous soyez si riche.


En 1775 on donna à l'Opéra Cythère assiégée, opéra-comique de Favart, remis en musique par Gluck. Cette pièce est le triomphe de la beauté sur la force; malheureusement Favart a tiré un mauvais parti de ce sujet. Lors de la première représentation les guerriers, pour monter à l'assaut, apportaient des échelles. On demanda à quoi bon. Sophie répondit que «c'était pour afficher un nouvel opéra