Mlle Lefèvre[81], seconde femme de Dugazon, débuta à la Comédie-Italienne le 19 juin 1777 par le rôle de Pauline dans le Sylvain; elle se montra l'émule de Mme Favart, marcha de près sur ses traces, et comme elle contribua au succès de plusieurs ouvrages dramatiques; Nina ou la Folle par amour fut son triomphe. Sa beauté compromit plus d'une fois sa vertu, et son mari était le premier à la décrier. «Cet homme est bien inconséquent, disait Sophie; il peut penser de sa femme tout ce qu'il voudra, mais il ne faut pas en dégoûter les autres.»
Mlle Théodore ne se détermina à danser sur le théâtre que par complaisance pour son maître Lany, jaloux de prouver au public qu'il était en état de transmettre son talent. Cette charmante personne nourrissait son esprit des ouvrages de J.-J. Rousseau, et lorsqu'elle entra à l'Opéra, elle écrivit à ce philosophe austère pour lui demander des instructions sur la manière de s'y conduire. Jean-Jacques fut flatté d'un pareil hommage, et ne dédaigna pas de répondre à sa lettre. Sophie qui avait peu de confiance dans cette belle affiche, et qui ne croyait pas qu'on pût être sage et danser à l'Opéra, dit à quelqu'un qui prônait Mlle Théodore: «Ne voyez-vous pas qu'elle veut arriver au vice par le chemin de la vertu?»
M. Blanchard, qui depuis est devenu un célèbre aéronaute, annonça au mois d'août 1782 qu'il naviguerait dans les airs au moyen d'un bateau volant. Ce projet rappela la folie de M. Desforges, chanoine d'Etampes, qui, voulant aussi traverser les airs en cabriolet, se cassa le cou dans son jardin, et celle du marquis de Baqueville qui, de son hôtel de la rue de Baune, au moyen de deux ailes à ressorts, alla tomber sur un des bateaux qui couvrent la Seine, en se brisant les os. Ces essais malheureux ne dégoûtèrent point M. Blanchard, qui fit insérer dans les Petites-Affiches une lettre assez platement écrite sur les résultats de son expérience. Mlle Arnould dit à ce sujet: «Avec cet esprit-là, M. Blanchard[82] s'ennuiera bien en l'air.»
Un danseur à l'Opéra ayant été trouvé couché avec une sœur du couvent de Saint-Mandé, cette religieuse fut conduite dans une maison de force, et son amant au Fort-l'Evêque. Cette sœur avait été femme de chambre de Mme Dubarri, lui avait donné de la jalousie, et avait été obligée de prendre le voile pour se soustraire à la vengeance de sa maîtresse. Lorsque Sophie apprit son incartade, elle dit: «J'ai toujours pensé que cette fille ne serait qu'une sœur CONVERSE.»
Le poëte Barthe, dont nous avons déjà parlé, avait autant de ridicules que d'esprit, et l'on s'amusait souvent à ses dépens. Un jour qu'il se fâchait des épigrammes qu'on lui lançait: «Calmez-vous, lui dit Mlle Arnould; ne savez-vous pas que ce n'est qu'aux arbres à fruit que les vauriens jettent des pierres.»
Elle avait un petit chien auquel elle était fort attachée; il tomba malade; on le porta chez le fameux Mesmer[83], qui magnétisa l'animal. Le malade éprouva la crise la plus favorable; il guérit. On le rapporte à sa maîtresse, qui donne gaîment un certificat de guérison; mais le lendemain le chien meurt. «Au moins, dit Sophie, je n'ai rien à me reprocher; le pauvre animal est mort en parfaite santé.»