Mlle Duplant avait un fils qu'elle aimait tendrement: elle céda même à cet enfant de l'amour, par acte devant notaire, une petite terre qu'elle possédait depuis plusieurs années. Cette bonne mère témoignait un jour l'intention de faire élever son fils au sein de sa famille. «En ce cas, lui dit Mlle Arnould, il faut l'envoyer au collége des Quatre-Nations.»
Rien n'était moins édifiant que d'entendre au Concert spirituel chanter Mlles Saint-Huberti et Girardin, qui, dans le costume le plus voluptueux, la gorge mi-nue, les yeux en coulisse, récitaient avec des prétentions érotiques une paraphrase des psaumes de David. Toute la troupe lyrique était sur le même ton. Sophie apercevant un jour Mlle Dubuisson, chanteuse des chœurs, environnée d'une compagnie d'officiers aux gardes qui tour à tour l'agaçaient: «Cette petite fera son chemin, dit-elle à quelqu'un; voyez comme elle se pousse dans l'épée.»
Elle racontait fort plaisamment la confession de Mlle Laguerre, et disait que cette pécheresse pleurant comme une Madeleine aux pieds de son directeur, avouait avec componction qu'elle avait ruiné un évêque, ce qui la tourmentait infiniment. «Manger le bien de l'Eglise, s'écriait-elle! Dieu ne me le pardonnera jamais.» Elle nomma ensuite un financier qu'elle avait dévoré: «Ah! pour celui-là je ne saurais m'en confesser, car c'est la meilleure action que j'aie pu faire.»
Beaumarchais passa quatre ans à combattre les obstacles sans cesse renaissans qu'on mettait à recevoir le Mariage de Figaro. Le jour de la première représentation de cette pièce (27 avril 1784), la critique la menaçait d'une chute prochaine. «Oui, dit Mlle Arnould, c'est une pièce qui tombera.......... quarante fois de suite.» Cette prédiction a été plus que réalisée, car le Mariage de Figaro a eu plus de cent représentations consécutives.
Mme B. de S., ci-devant C. de G.[86], philosophe comme un docteur, savante comme un bel-esprit, donnait par goût dans les sciences, et par délassement dans la galanterie. Un jour La Harpe vantait l'érudition d'un ouvrage qu'elle venait de publier. «Comment cette femme ne serait-elle pas profonde, dit Sophie, il y a quinze ans qu'elle fait son cours d'humanités.»