Cette exclamation, la seule qu'elle eût encore entendue sortir de la bouche de M. de Rosmond, fit sourire Ellénore: elle se retourna involontairement de son côté, et toute honteuse de l'avoir compris, elle imagina de lui donner le change en disant:

—Maudire les gens qui font leur devoir! savez-vous bien, monsieur, que cela est mal.

Un regard qui voulait dire:

—Je n'ai pas besoin de me justifier, fut la seule réponse de M.
Rosmond.

Puis, se rapprochant du canapé où Ellénore était assise:

—Enfin, vous daignez donc m'adresser la parole! ajouta-il avec une sorte d'amertume. Eh bien, j'en suis fâché, me voilà traité comme tout le monde.

Le duc de Lauzun, qui survint, dispensa Ellénore de répondre à M. de Rosmond, et lui rendit service, car ce peu de mots l'avaient jetée dans un trouble extrême.

Craignant de le laisser apercevoir, elle se retira avant que le reversis fût commencé.

Dès qu'elle se trouva seule, elle se reprocha de n'avoir pas répondu à M. de Rosmond cent choses qui lui venaient alors à l'esprit, et dont pas une ne s'était présentée quand il l'aurait fallu. Rester interdite, c'était donner de l'importance à une plaisanterie; la présence du duc de Lauzun devait au contraire l'encourager à répondre; enfin, elle se blâmait pour se rassurer, et se promettait bien de réparer sa gaucherie:

—De quel droit, pensait-elle, ce monsieur, qui ne me dit jamais rien, exige-t-il que je lui parle? Il a un certain air d'intérêt pour moi qui ressemble à de la pitié; cela m'offense et me déplaît. Oui, la gêne que j'éprouve en sa présence est le signe d'un mauvais sentiment de sa part; c'est comme une de ces puissances ennemies dont la superstition des Irlandais fait des démons familiers; mais je ne suis plus sous l'influence de ces vieilles traditions, et je saurai m'affranchir d'un empire imaginaire.