—Ah! je comprends; ce jaloux de Croixville veut vous confiner à Londres comme au Val-Fleury; mais ce n'est pas si facile. Pour rester inconnue, il ne faut pas être si jolie. Ah! malgré tous ses soins et votre docilité à lui obéir, je saurai bientôt…
—Les postillons s'impatientent, madame, interrompit Maurice, et comme les étrangers sont en plus grand nombre que les chevaux de poste, il ne faut pas laisser prendre les nôtres.
—Ah! te voilà, Maurice, dit le comte de Norbelle, ton maître est donc ici?
—Non, monsieur.
—Où est-il?
—A Paris, il m'envoie à Londres porter des papiers à sa famille, et je profite de la permission que madame veut bien me donner de monter sur le siége de sa voiture. Allons, allons, mademoiselle Rosalie, ajouta Maurice en se tournant vers la femme de chambre, ne perdons pas de temps.
A ces mots, Ellénore profita de l'attention que le comte de Norbelle portait à Maurice pour s'élancer dans la voiture, et les chevaux partirent précipitamment, laissant le jeune comte Charles préoccupé d'une foule de suppositions plus outrageantes les unes que les autres sur les vrais motifs qui attiraient Ellénore en Angleterre.
XVIII
Au milieu d'une grande prairie, bordée par la Tamise, s'élevait une de ces petites maisons en briques avec des volets verts, que les Anglais appellent cottage. Celui-là était entouré de fleurs, d'arbustes odorants qui bravaient les brises d'automne. Une simple haie séparait le petit jardin de la campagne et de la route. C'était un de ces endroits où le voyageur dit en passant:
—Comme on doit être heureux ici!