—La vérité sera toujours là pour vous justifier; l'essentiel est de vous conserver libre pour pouvoir la dire et la faire triompher. Songez donc qu'une fois en prison, on ne vous laissera ni parler ni écrire; qu'on vous inventera autant de chefs d'accusation qu'il en faudra pour vous faire condamner. Et vous croyez que je resterai là, tranquille spectateur de votre supplice? Non; c'est par pitié pour moi que je vous supplie de partir…
En parlant ainsi, M. de Savernon pressait les mains d'Ellénore et les mouillait de ses larmes.
—Eh bien!… oui… dit-elle, avec le regard fixe et la voix brisée d'une personne qui, après avoir réfléchi, prend une détermination importante. Rosalie, donnez-moi votre capote noire et votre vieux châle de laine à carreaux.
—Emportez de l'argent, dit M. de Savernon, aussi inquiet de l'insouciance qu'Ellénore montrait à les quitter qu'il avait été affligé de sa résistance à partir.
—De l'argent, répéta Ellénore, j'ai tout prévu, ma soeur en a pour nous deux.
—Merci de votre condescendance à suivre mes conseils.
Puis, voyant que madame Mansley ne l'écoutait pas et se disposait à monter en voiture:
—Mais dites-moi donc adieu! ajouta-t-il.
—Non, à revoir, répondit-elle en souriant affectueusement.