—Il ment… dit-elle.
—Qu'importe! interrompit madame Talma, le voilà, il n'est ni tué, ni blessé, comme j'en avais le sot pressentiment, il ne mérite plus qu'on s'occupe de lui; c'est la chère Ellénore qui réclame tous nos soins; elle n'est pas, grâce au ciel, aussi accoutumée que nous à voir tuer ses amis; elle a été saisie de cette fausse nouvelle; mais quelques instants de repos suffiront pour la rétablir. Je vais la ramener chez elle et ne la quitterai qu'après m'être assurée qu'elle n'a plus de fièvre. Le médecin en sera pour sa visite.
En parlant ainsi, madame Talma, secondée de la maîtresse de la maison, aidait Ellénore à se lever et à marcher vers la porte.
—Je me sens beaucoup mieux, dit-elle, frappée du motif qui engageait madame Talma à la sortir d'une situation embarrassante; puis s'efforçant de sourire, elle ajouta: Gardez-moi le secret de cette subite indisposition: on aime tant à me trouver ridicule!
—Je devrais vous demander pardon de votre inquiétude, dit Adolphe, en feignant de s'adresser à tous ceux qui l'écoutaient; mais j'en suis trop heureux pour en avoir le moindre remords.
Ces derniers mots revinrent bien souvent à l'esprit d'Ellénore. Que de choses ils renfermaient!
En arrivant chez elle, on lui dit que le chevalier de Panat, M. de Savernon et le comte Charles l'attendaient dans son salon. Alors, sentant la nécessité de faire bonne contenance, elle prit un air calme; et certaine que madame Talma ne dirait rien qui pût révéler l'émotion qu'elle venait d'éprouver, Ellénore aborda ces messieurs sans montrer d'embarras.
—Pardon de nous être ainsi installés chez vous, dit le chevalier, pour y attendre votre retour; mais nous tenions à savoir ce qu'il fallait penser de ce duel où l'on vous fait jouer un rôle à vous qui n'avez jamais vu, je crois, M. de B…, et qui rencontrez bien rarement M. de Rheinfeld.
—Ce prétendu duel, s'empressa de répondre madame Talma, est un des cent contes que la police imagine chaque jour pour amuser les Parisiens et les empêcher de voir où on les mène.
—Ah! quant au fait, dit M. de Savernon, on ne saurait le nier, car le vieux duc de L…, l'un des témoins de M. de B…, vient de me le raconter.