Et en se parlant ainsi, Ellénore, palpitante, égarée passait sa main sur ses yeux, comme pour se débarrasser d'un prestige. Vain effort!… l'image dont elle a peur reste là, immobile. Elle veut se lever pour la fuir: le tremblement de tous ses membres l'empêche de faire un pas. Un cri expire sur sa bouche glacée d'effroi: elle est prête à retomber, lorsque deux bras viennent à son secours, lorsqu'elle se sent presser sur le coeur d'Adolphe.
—Ellénore! Ellénore! s'écrie-t-il; c'est moi! Ne tremblez pas ainsi. Vous souriez! vous pleurez!… Oh! que je suis heureux du mal que je vous fais!
—Je n'ai plus ma raison… Se peut-il!…
—Oui! Le ciel, touché de ce que j'ai souffert loin de vous, a voulu m'en rapprocher par un miracle.
—Comment?… Qui vous a conduit ici?
—Dieu lui-même, vous dis-je. Je venais du château de L…, on m'arrête ici près pour changer de chevaux. Je reconnais Germain sur la porte… Il m'apprend l'accident qui vous est arrivé, l'endroit où vous êtes, et j'accours vous y joindre.
—Parlez!… Oh! oui, parlez!… J'en crois mieux votre voix que mes yeux.
—C'est ma joie… c'est mon adoration qu'il faut croire! Ah! quel autre qu'Adolphe sera jamais plus fou du seul bonheur de vous aimer?
Et, dans son transport, Adolphe couvrait de baisers les belles mains d'Ellénore, qui sans songer à les retirer portait sur lui un regard inquiet facile à comprendre.
—A quoi bon vous reprocher mon amour, en redouter les témoignages? N'avez-vous pas fait et dit tout ce qui devait le tuer s'il était mortel! Les dédains, l'injure, l'absence, vous avez tout prodigué pour le décourager, l'anéantir; eh bien, il n'en est que plus vif, plus profond, plus tenace; essayez d'autres procédés.