—C'était bien la peine!

Le souvenir de ce coupable entraînement donnait à Siéyès le désir de s'éclairer des lumières de nos esprits indépendants; il fut le premier à engager Bonaparte à admettre dans son tribunat les défenseurs de la liberté, tels que Chénier, Stanislas Girardin, Guinguéné, et autres; M. de Rheinfeld fut du nombre.

Cette nomination devait le rappeler à Paris. L'idée d'être utile aux intérêts de la France devait l'emporter dans son esprit sur toute autre considération. La crainte du retour d'Adolphe décida madame Mansley à passer l'hiver à la campagne. M. de Savernon, mal inspiré, combattit de son mieux cette résolution, sans deviner la part qu'il y avait; mais il ne put rien obtenir sur ce point d'Ellénore. Seulement elle promit de se laisser conduire à la ville lorsqu'on y donnerait un spectacle digne de curiosité; mais à la condition qu'elle profiterait de la proximité où elle était de Paris pour revenir coucher à la campagne.

—Que de fatigues inutiles! s'écriait le chevalier de Panat en entendant Ellénore s'obstiner à braver l'hiver dans les champs. C'est nous seuls qui serons victimes de cette belle passion pour la retraite, car les amis dont vous savez si bien vous passer, ont la sottise de ne pouvoir vivre sans vous; il n'est pas jusqu'à cette pauvre madame Talma dont la santé fait pitié qui ne médite de faire six lieux l'un de ces jours pour venir causer avec vous; pourtant son causeur favori lui est rendu, je l'ai trouvé hier au coin de son feu.

—Eh bien, que pense-t-il de notre petite dernière révolution? demanda le comte de Ségur.

—Il en parle comme de tout, avec ironie, ce qui me ferait croire qu'il y porte assez d'intérêt; car vous connaissez sa manie de se moquer des choses qu'il a le plus à coeur.

—Quoi! vous pensez, reprit le comte, que M. de Rheinfeld est sous l'illusion du républicanisme de Bonaparte? Oh! c'est calomnier son esprit, j'en appelle au jugement de madame Mansley.

Mais Ellénore, tout à l'idée du retour d'Adolphe, n'entendit pas le comte; il fut obligé de la questionner plus directement pour la sortir de sa rêverie.

—Moi? dit-elle, je n'ai aucune opinion sur le caractère de M. de
Rheinfeld.

—Cependant, je vous ai entendu cent fois combattre ses idées, et même avec assez d'amertume, ce qui m'avait fait supposer que vous n'aviez pas meilleure idée de lui que de sa politique.