— Oui, répondit-il, en souriant un peu de mon étonnement. Et je puis vous assurer, monsieur le vicomte, qu’elle a dit de vous tout autant de bien qu’une jeune fille en peut dire. Du reste, ma mère sera mieux qualifiée que moi pour vous exprimer la gratitude de la famille. En attendant, j’espère que votre santé n’a pas souffert de cette algarade.

Je balbutiai une réponse ; mais je savais à peine ce que je disais, tant l’attitude de Saint-Alais était différente de ce que j’attendais, son calme dégagé et sa gaieté si éloignés de la rage et de l’emportement qui eussent semblé naturels chez qui venait d’apprendre la destruction de son château et l’assassinat de son régisseur. Je n’en revenais pas. Je le voyais paré avec son soin et son élégance habituels, et j’étais convaincu pourtant qu’il avait été sur pied toute la nuit ; les attentats contre son château et celui de Marignac venaient démentir ses prédictions les plus confiantes ; et il ne montrait aucun signe d’irritation !

J’en restais confondu, vertigineux. Cependant il me fallait dire quelque chose. J’exprimai le souhait que Mlle Denise ne se ressentirait pas trop de ses aventures.

— Elle ? je n’en ai pas peur, dit-il. Nous autres Saint-Alais ne sommes pas des femmelettes. Et après une nuit de repos… Mais je crains de vous avoir interrompu ?

Et pour la première fois il daigna jeter les yeux sur mes compagnons.

— C’est à l’abbé Benoît et à Buton ici présents, que doivent aller en réalité vos remerciements, monsieur le marquis, repris-je. Car sans leur aide…

— Tiens, tiens ! en vérité ? fit-il froidement. On me l’avait déjà dit.

— Mais vous ne savez pas tout ? exclamai-je.

— Je pense que si, dit-il.

Puis, continuant à les regarder tout en me parlant, il reprit :