— Je vous le répète, il y en a d’autres…

— Vous oubliez que je dois mater la canaille de Cahors, répliqua-t-il avec impatience, non moins que ces abrutis de paysans, qui croient la fin du monde arrivée. Et ces autres dont vous parlez…

— Sont inacceptables, dit doucement l’abbé Benoît, tout en m’adressant un regard d’intelligence.

La brise légère du matin soulevait les plis de sa soutane, et révélait la maigreur de ses jambes. Il tenait son tricorne au-dessus de sa tête, pour se protéger du soleil. Je sentais qu’il y avait un conflit dans son esprit tout comme dans le mien, et qu’il désirait m’avoir avec eux et ne m’avoir pas ; et cette intuition m’encourageait à lui résister, malgré ses paroles.

— C’est impossible, dis-je.

— Pourquoi ?

La nécessité de répondre me fut épargnée. J’étais tourné vers la porte du château, et ce dernier mot à peine prononcé, j’en vis sortir André accompagné de M. de Saint-Alais. La façon dont le vieux serviteur annonça : « M. le marquis de Saint-Alais, qui demande à voir M. le vicomte ! » nous scandalisa légèrement, car elle décelait un secret triomphe ; mais de la part de Saint-Alais qui s’approchait, rien ne laissa voir qu’il eût remarqué ce détail. Il s’avança d’un air parfaitement serein, et me salua avec cordialité. Je me figurai tout d’abord qu’il ne savait pas ce qui s’était passé la nuit ; mais ses premiers mots dissipèrent cette illusion.

— Monsieur le vicomte, dit-il, m’interpellant d’un ton à la fois gracieux et dégagé, nous vous devons une reconnaissance éternelle. J’avais affaire au dehors, hier soir, et je n’ai pu intervenir ; et mon frère, paraît-il, est arrivé trop tard, à supposer qu’il eût pu quelque chose avec une si petite troupe. J’ai vu ma sœur en traversant la maison, et elle m’a donné quelques détails.

— Elle a quitté sa chambre ? m’écriai-je tout surpris.

Les trois autres personnages s’étaient retirés un peu à l’écart, afin de nous laisser nous entretenir à l’aise.