— Monsieur ? murmura-t-elle, comme si elle ne comprenait pas.
— J’ai parlé assez clair, ce me semble, dit-il. Ayez la bonté d’enlever cet objet.
Se courbant sous l’avanie, elle hésita, et parut un instant prête à fondre en larmes. Puis, les lèvres frémissantes, et avec des doigts qui tremblaient, elle obéit, et se mit en devoir de détacher la cocarde tricolore que les domestiques — à son insu, peut-être — avaient transférée de son autre robe sur celle qu’elle portait à cette heure. Elle mit longtemps à l’enlever, sous nos regards, et je bouillais d’indignation. Mais je n’osai intervenir ; et les autres la considéraient gravement.
— Je vous remercie, dit M. de Saint-Alais, quand à la fin elle fut parvenue à défaire l’épingle. Je vois, mademoiselle, que vous êtes une vraie Saint-Alais, préférant mourir que devoir votre salut à une félonie. Ayez la bonté de jeter cela par terre, et de marcher dessus.
Elle sursauta violemment à ces paroles. Nous tous aussi, je crois bien. Je sais que je fis un pas en avant ; et, si M. le marquis n’eût levé la main, je l’aurais empêchée d’obéir. Mais je n’en avais pas le droit : nous n’étions que des spectateurs, c’était à elle de décider. Elle resta une minute sans souffle et sans mouvement, les yeux fixés sur son frère ; puis, toujours fascinée par lui, avec un soupir convulsif, elle leva la main d’un geste lent et mécanique, et lâcha le ruban. Il tomba en tournoyant.
— Marchez dessus ! dit le marquis, impitoyable.
Elle tremblait de tous ses membres ; son visage, son visage d’enfant, blêmit. Mais elle ne bougeait pas.
— Marchez dessus ! réitéra-t-il.
Alors, sans regarder à terre, elle avança un pied, et en effleura le ruban tricolore.