— Je vous remercie, mademoiselle ; maintenant je ne vous retiens plus, dit-il.

Mais il n’avait pas besoin de parler, car dès l’instant où elle lui eut obéi, sa sœur se détournait de nous ; il n’avait pas ouvert la bouche qu’elle s’élançait vers le perron, torturée de douleur, les deux mains sur le visage, tout entière secouée de sanglots qui parvenaient jusqu’à nous dans le matin d’été.

Ce spectacle me rendit furieux ; mais pour un instant, et par un effort démesuré, je me contins. Je voulais d’abord laisser parler le marquis.

Mais il ne voyait pas, ou refusait de voir, l’effet qu’il avait produit.

— C’est tout, messieurs, dit-il, légèrement pâle. Je vous suis obligé de votre complaisance. Vous savez désormais ce que je pense de vos trois couleurs et de vos bons offices. Je refuse leur sauvegarde pour les miens comme pour moi. Je ne parlemente pas avec des assassins.

Je ne me contins plus, et bondis en avant.

— Et moi ! m’écriai-je, moi aussi, monsieur le marquis, j’ai quelque chose à dire. J’ai quelque chose à déclarer. Il n’y a qu’un instant j’ai refusé les trois couleurs. J’ai repoussé les ouvertures de ceux qui me les présentaient. J’étais résolu à me ranger à vos côtés et à ceux de mes frères en dépit de ma raison. J’étais de votre parti, bien que sans y avoir foi ; et vous auriez pu m’attacher à lui. Mais ce monsieur a raison, c’est vous qui êtes le meilleur argument contre vous-même. Et voici ce que je fais ! voici ce que je fais ! répétai-je dans un transport. Regardez, monsieur le marquis, et connaissez votre œuvre.

A ces mots je saisis le ruban que Denise avait foulé aux pieds, et de mes doigts qui tremblaient presque autant que les siens lorsqu’elle le détacha, je l’épinglai sur ma poitrine.

Il s’inclina, avec un sourire sarcastique.

— On change facilement de cocarde, dit-il.