— Il faut de l’argent à Sa Majesté, dit-elle.
— Soit… Mais où le prendre ? demanda l’abbé, avec un geste qui valait une réponse.
— Le roi a été trop bon dès le début, répliqua Mme de Saint-Alais, non sans une nuance de reproche. Il devait les forcer à enregistrer les édits[3]. Néanmoins le Parlement a toujours cédé, et il cédera encore.
[3] Présentés au Parlement le 19 novembre 1787, et destinés à permettre le grand emprunt proposé par Brienne.
— Le Parlement, oui, répliqua l’abbé, avec un sourire de suffisance. Mais ce n’est plus du Parlement qu’il s’agit, et les états généraux…
— Les états généraux passent, déclara noblement la marquise. Le roi reste !
— Mais s’il se produit des troubles ?
— Il ne s’en produira pas, trancha-t-elle sur le même ton solennel. Sa Majesté saura les empêcher.
Puis ayant dit encore quelques mots à l’abbé, elle le congédia et revint à moi. Elle me donna sur l’épaule un léger coup d’éventail.
— Oh ! le méchant ! fit-elle, avec un regard où la douceur s’alliait à un peu de sévérité. Je ne sais comment vous qualifier ! Oui, après ce que Victor m’a raconté hier, je me demandais presque s’il fallait vous attendre ou non ce soir. Êtes-vous bien sûr que ce soit ici votre place ?