— Je m’en porte garant pour mon cœur, madame, répliquai-je, en y portant la main.
Ses yeux clignèrent avec bienveillance.
— En ce cas, dit-elle, portez-le où il se doit, monsieur.
Et avec un grand air de cérémonie, elle alla me présenter à sa fille :
— Denise, voici M. le vicomte de Saux, le fils de mon vieil et excellent ami, Monsieur le vicomte… ma fille. Vous voudrez bien, j’espère, l’entretenir, cependant que je rejoins l’abbé.
Il est probable que Mlle Denise avait passé la soirée dans les affres de la timidité, à attendre ce moment, car elle me fit une révérence jusqu’à terre, et puis demeura muette et confuse. Elle oubliait même de s’asseoir, et je provoquai de nouveau sa rougeur en l’y invitant. Lorsqu’elle m’eut obéi, je pris place à côté d’elle, le chapeau à la main. Mais tandis que je cherchais un compliment convenable, et que je m’efforçais de découvrir en quoi elle ressemblait à l’enfant de treize ans sauvage et hâlée que j’avais connue quatre ans plus tôt, la timidité m’envahit moi aussi.
— Vous êtes revenue la semaine dernière, mademoiselle ? dis-je enfin.
— Oui, monsieur, répondit-elle, les yeux baissés, dans un soupir.
— Cela doit vous faire un grand changement ?
— Oui, monsieur.