Je cédai, avec un grand soupir.
— Quoi donc ? demandai-je.
— C’est que vos déclarations sont dignes d’un bourgeois, répliqua-t-il, avec un rire insultant. Ou d’un toqué d’Anglais ! Et comme Mlle de Saint-Alais n’est pas la fille d’un mitron, pour qu’on lui fasse une cour de ce genre, je trouve votre cour intolérable. Cela vous suffit-il, ou voulez-vous en entendre davantage, monsieur le vicomte ?
— Cela ne peut suffire à me détourner de mon chemin, répondis-je. Vous oubliez que j’ai apporté ici entre mes bras mademoiselle votre sœur, la nuit dernière. Mais moi je ne l’oublie pas, et elle non plus ne l’oubliera pas. Notre situation ne peut redevenir ce qu’elle était, monsieur le marquis.
— Vous vous targuez de lui avoir sauvé la vie pour prendre des droits sur elle ? dit-il avec mépris. Voilà qui est généreux et digne d’un gentilhomme !
— Non, je ne m’en targue pas ! répliquai-je avec véhémence. Mais j’ai tenu Mlle Denise entre mes bras, sa tête a reposé sur ma poitrine, et vous ne pouvez faire que l’un et l’autre n’aient pas été. J’ai par conséquent le droit de demander sa main, et je saurai l’obtenir.
— Moi vivant, vous ne l’aurez jamais ! répondit-il avec âpreté. Je le jure ; tout comme elle a foulé aux pieds ce ruban, sur un mot de moi, monsieur, de même elle foulera aux pieds votre amour. Mlle de Saint-Alais n’est pas pour vous.
Je tremblais de rage.
— Vous savez bien, monsieur, que je ne puis me battre avec vous ! dis-je.
— Ni moi avec vous. Je le sais. Donc, poursuivit-il, après une pause, et revenant avec une souplesse merveilleuse à sa courtoisie première, je vais vous fuir. Adieu, monsieur, je ne dis pas au revoir ; car je doute que l’avenir nous réserve beaucoup de rencontres.