— Le peuple vous vengera ! dit le notaire, d’un ton majestueux.

M. le capitaine haussa les épaules.

— Vous êtes trop aimable, dit-il.

L’abbé Benoît intervint.

— Pour le moment, dit-il d’un air soucieux, je ne vois qu’une chose à faire. Vous avez dit, monsieur le capitaine, que plusieurs membres du Comité ne sont pas des combattants. Pourquoi donc, je vous le demande, l’un quelconque de nous se battrait-il pour faire le jeu de nos adversaires ?

— Pardieu ! il me semble que vous avez raison ! répliqua Hugues avec franchise. (Et il promena les yeux autour de lui comme pour quêter des suffrages.) A quoi bon se battre, en effet ? Je sais pour ma part que je n’y tiens aucunement. J’ai fait mes preuves.

Il y eut un silence, au cours duquel nous nous entre-regardâmes, indécis.

— Allons, qu’est-ce qui vous retient ? prononça enfin le capitaine. Ceci n’est pas une plaisanterie, mais une affaire sérieuse. Nous ne sommes plus de libres gentilshommes, mais des soldats sous le joug de la discipline.

— Oui, fis-je avec embarras, car j’étais le centre de tous les regards. Mais il est difficile pour des hommes d’honneur, monsieur le capitaine, de se dépouiller de certaines idées. Si nous cessons de relever les insultes, nous nous ravalons au niveau des bêtes.

— N’ayez crainte, monsieur le vicomte ! s’écria soudainement Buton. Le peuple ne le souffrira pas !