— Vous allez sans doute à l’auberge ? dit-il, comme nous arrivions dans les faubourgs. Demain, si vous allez à Nîmes, voulez-vous… Mais vous préférez peut-être voyager seul ?

— Loin de là, répondis-je.

— Eh bien ! je partirai de la porte de l’est, vers huit heures, répliqua-t-il d’un air bourru. Bonne nuit, monsieur.

Je lui rendis son souhait, et le quittai pour entrer dans la ville. Je passai par des rues étroites et laides, sous des voûtes sombres et des lanternes suspendues, qui grinçaient et se balançaient au vent, et faisaient de vains efforts pour dissiper la lugubre obscurité. Bien que la nuit fût complète, les gens circulaient activement, ou se tenaient sur le pas des portes ; ce bourg, après la solitude que je venais de traverser, prenait des airs de grande ville. Je m’aperçus bientôt qu’une petite troupe suivait mon cheval. Avant que j’eusse atteint l’auberge, qui se trouvait sur une place à peine éclairée, cette troupe était devenue une foule, et menaçait de se refermer sur moi : l’individu qui marchait le plus près de moi examinait attentivement mes traits, tandis que d’autres, plus éloignés, s’adressant à leurs voisins ou à des personnages entrevus aux fenêtres des rez-de-chaussée, criaient que c’était lui !

Je trouvai la chose assez alarmante. Mes suiveurs ne me molestaient toujours pas ; mais quand je m’arrêtai ils s’arrêtèrent aussi, et je fus forcé de descendre de cheval presque dans leurs bras.

— Est-ce ici l’auberge ? demandai-je aux plus proches, tout en m’efforçant de faire bonne contenance.

— Oui, oui, crièrent-ils d’une seule voix, c’est ici l’auberge !

— Mon cheval…

— On prendra soin du cheval. Entrez seulement ! entrez !

Je n’avais guère de choix, tant ils me serraient de près. Avec une insouciance affectée, j’obéis, comptant qu’ils ne me suivraient pas, et qu’à l’intérieur on m’apprendrait la raison de leur conduite. Mais j’eus à peine le dos tourné qu’ils entrèrent pêle-mêle derrière et autour de moi, et me soulevant presque de terre, me poussèrent bon gré mal gré dans l’étroit couloir de la maison. Je voulus résister, protester ; mais les plus avancés étouffèrent ma voix en appelant à grands cris :