Je prenais ma petite revanche. Mme de Saint-Alais devint de toutes les couleurs, et resta un moment les lèvres pincées et les yeux fixés sur la table.
— Qui est-ce ? Que savez-vous de lui ? demanda-t-elle enfin.
— C’est un gentilhomme pauvre et un protestant fanatique, répondis-je sèchement.
Elle se mordit les lèvres.
— Seigneur Dieu ! murmura-t-elle. Qui eût pu prévoir une telle mésaventure ! Croyez-vous qu’il soupçonne quelque chose ?
— Assurément. Pour commencer, je suis parti ce matin de bonne heure, sans tenir compte de mon engagement de faire route avec lui. Quand il apprendra, de surcroît, que je voyage avec une mère et une sœur dont j’étais dépourvu hier…
Elle me regarda comme si elle allait me battre.
— Qu’allez-vous faire ? s’écria-t-elle.
— C’est à ma mère de le dire, répliquai-je poliment. (Et avec le plus grand naturel je me servis de fromage.) C’est elle qui m’a dicté cette conduite.
Elle était blême de fureur, et peut-être de crainte ; je riais à part moi de la voir en cet état. Mais comme la fureur ne lui servait de rien, elle baissa pavillon.